Yes

Pet Shop Boys

EMI  |  2009
7 / 10
par Popop  |  le 11 mai 2009

Il y a quelque chose d’extrêmement frustrant à chroniquer un nouvel album des Pet Shop Boys, une sorte de lassitude qui vient au moment de répéter pour la millième fois à quel point le duo est injustement sous-estimé et à quel point on déteste le public et les médias pour cet aveuglement qui dure depuis plus de vingt ans. La frustration est d’autant plus grande qu’à chaque nouvel album, on se remet à espérer un miracle : on identifie plusieurs tubes imparables qui devraient truster les charts des mois durant, on se dit que cette fois c’est la bonne, que la chance a tourné, qu’enfin justice sera rendue aux deux Britanniques… et rien. Toujours rien. Désespérément rien. Le monde reste sourd dans sa grande majorité et seule une poignée d’irréductibles fans peut se délecter de ce qui est la quintessence même de la pop.

Inutile de tourner autour du pot, on ne voit pas ce qui pourrait se passer en 2009 pour que les masses laborieuses disent enfin « oui » aux Pet Shop Boys. Si Yes est leur album le plus pop et le plus accessible depuis Very en 1994 (la touche disco-revival en moins), si le disque regorge de petites tueries destinées à illuminer les dancefloors (au hasard, "All Around The World", "Did You See Me Coming ?", "More Than A Dream" ou "Pandemonium"), même le plus enthousiaste des fans finit par être à court d’arguments au moment de vanter les mérites de cette nouvelle cuvée.

Faut-il appâter l’indie kid en signalant qu’Owen Pallett de Final Fantasy, faiseur de merveilles pour Arcade Fire et les Last Shadow Puppets, est venu enrober de cordes une poignée de morceaux ? Faut-il titiller la corde nostalgique des vieux brisquards en mentionnant la présence de Johnny Marr, mythique guitariste des Smiths, bien que ce ne soit pas sa première collaboration avec le groupe ? Ou bien faut-il jouer la carte de la provocation en affirmant que le pont de "More Than A Dream" plagie de manière éhontée le "Désenchantée" de Mylène Farmer ?

Bref, on se perd en conjectures toutes plus foireuses les unes que les autres, jusqu’au moment où on tombe sur "The Way It Used To Be". Et alors on se dit que la seule solution est la force. Il faut agresser les gens dans la rue, dans le métro, dans son immeuble, au boulot, au resto, leur mettre un casque sur les oreilles et les obliger à écouter ce disque. Ou Fundamental. Ou Nightlife. Ou Behaviour. Ou un autre. Peut-être alors comprendront-ils leur erreur et chercheront-ils à rattraper leur retard. Ou pas.

Ça a de drôles d’idées un fan quand c’est frustré, non ? Mais bon, ce n’est que de la générosité au fond : il y a des choses qu’on n’a pas envie de garder pour soi. Et Yes en est une, même s'il ne s'agit objectivement pas du meilleur disque des Pet Shop Boys. C'est vous dire ce que vous perdez…

Le goût des autres :