Without Sinking

Hildur Gudnadóttir

Touch  |  2009
8 / 10
par Simon  |  le 5 juin 2009

Hildur Gunadóttir n’a pas choisi la voie de la facilité pour se faire sa place dans l’actualité musicale, c’est un fait. Non pas que les qualités musicales de l’Islandaise soient trop faibles, ce qui tiendrait de l’insulte dans le cas présent, disons plutôt que s’imposer comme une violoncelliste surdouée peut s’avérer difficile dans une génération qui ne jure plus que par la tentation de l’immédiat. Et pourtant les collaborations qu’elle a entretenues avec Múm, Jóhann Jóhannsson, Pan Sonic (présente tout au long du chef-d’œuvre qu’est Katodivaihe/Catodephase), Ben Frost, BJ Nilsen, Stilluppsteypa, Throbbing Gristle ou encore Hafler Trio – soit toute la crème de l’électronique expérimentale et electro acoustique contemporaine – aurait dû nous faire prévoir un tel cataclysme. Ajoutons à cela que cette galette vient se poser chez Touch, label émérite hébergeant entre autres l’empereur Fennesz, et vous obtenez un des disques de modern classical les plus prometteurs de cette année en cours.

Malgré ce curriculum vitae plus qu’alléchant, il ne sera pas question de musique électronique ici. En effet, l’Islandaise maîtrise trop bien son violoncelle pour sentir l’obligation de se faire assister par l’électronique. Nous parlerons donc d’un concerto pour violoncelle, lent et puissant. Without Sinking est beau, et cela s’entend dès les premières mesures de « Elevation » : les cordes tirent le son vers l’excellence avec une grâce sans pareille, les notes montent haut dans l’air et s’éteignent bien bas une fois leur substance vidée, tendant la main à une autre note qui suivra le même court train de vie. Mais ce qui fait la beauté de Without Sinking, c’est son lyrisme mature, cette pudeur d’instinct qui rend la discussion compréhensive et chaleureuse. Hildur joue à la note près, s’arrête là où la sobriété lui commande de le faire, comme si le violoncelle parlait à l’oreille de l’Islandaise au moment de composer ces dix titres troublants de beauté pure. Cette justesse s’acquiert au fil des années, mais la sobriété ne s’enseigne pas dans les académies de musique, du moins pas sous cette forme.

Without Sinking respire à grands poumons, ses notes entrecroisées (en effet, plusieurs violoncelles jouent ici simultanément à des profondeurs diverses) se frôlent avec lenteur et profondeur sans jamais se quitter du regard, contemple le beau d’en bas s’en jamais se rendre compte qu’il joue à niveau égal avec lui. Tout comme les musiques juives les plus sobres, ces dix pistes ne prennent jamais la mélodie pour plus pute qu’elle ne l’est et réinvestissent le beau dans une logique plus abyssale, directement en relation avec votre vrai intérieur. Différant ainsi avec la coutume sentimentaliste des musiques modernes, Hildur Gudnadóttir se refuse au spleen romantique et lui préfère un son caverneux et boisé digne des plus grands compositeurs. Voilà, tout est dit (du moins pour cette chronique, le disque vous réserve quant à lui encore bien des heures d’écoutes passionnantes), et si l’envie vous prend, vous découvrirez avec Without Sinking l’une des plus belles pages du modern classical en 2009. Chapeau bas.