to hell with it

PinkPantheress

Parlophone  |  2021
7 / 10
par Erwann  |  le 25 novembre 2021

Ça y est, TikTok a passé un cap. L'application avait déjà boosté des titres d'artistes déjà bien établis ("Blinding Lights" de The Weeknd ou "Dreams" de Fleetwood Mac) ou sur le chemin de la gloire (Olivia Rodrigo), mais aucune personnalité n'avait encore démarré sa carrière sur le plus récent des vortex temporels portables. L'Anglaise PinkPantheress n'avait rien sorti à part quelques chansons, mais après une explosion gigantesque (un million de fans sur TikTok, quand même), la voilà avec une première mixtape distribuée par Parlophone qui se hisse en haut des charts.

Alors, ça écoute quoi chez les jeunes d'aujourd'hui ? Apparemment, un mélange de drum'n'bass atmosphérique et de UK garage, le tout couplé à une voix douce contant ces histoires d'amour si chères au R&B et posées sur d'entêtantes mélodies pop. À première vue, PinkPantheress ressemble à s'y méprendre à une Erika de Casier mainstream – ce qui est cool pour le développement de cette récente forme de R&B, moins cool pour de Casier qui semble définitivement tomber dans la catégorie si belle, mais si peu gratifiante, de l'indie darling. Comme de Casier, on retrouve également une certaine nostalgie pour le tournant du millénaire – qu'elle n'a pas connu, étant née en 2001. Le clip de "Just for me" ressemble à une version douce de celui de "Last Resort" de Papa Roach avec sa caméra fish eye et son focus sur les spectateurs du concert, "Last Valentines" sample le riff de "Forgotten" de Linkin Park (RIP Chester), tandis que "Pain" sample le classique du UK garage "Flowers".

Heureusement, to hell with it n'est pas qu'un énième rappel au temps d'avant. Vocalement, PinkPantheress propose un ton doux, introspectif, mais constamment détaché, venant tout droit de l'école hyperpop, et nous gratifie d'adlibs pleins d'échos à base de "Hey!" ou "Yeah!" comme à la belle époque du Emotion de Carly Rae Jepsen. La voix est constamment filtrée, mais laisse toutefois passer des refrains mémorables, qu'ils soient lancinants ("Reason") ou qu'ils recyclent la recette des refrains rap actuels ("I must apologize"). Cette influence moderne se ressent également dans les paroles, rappelant la capacité d'un Drake à aligner des phrases à mi-chemin entre caption Instagram et réflexions sur la dépression amoureuse ("I'm obsessed with you in a way I can't believe/When you wipe your tears, do you wipe them just for me?").

Mais la faute à un songwriting parfois mal dégrossi, cela donne une mixtape qui s'orne vite d'une légère monotonie. Individuellement, la plupart des chansons sont entraînantes et originales – à part peut-être le simili dancehall de "All my friends know" – mais elles forment un ensemble un chouïa trop homogène. Cela est en majorité dû au manque de développement des chansons, qui auraient parfois bénéficié d'un pont ou d'un deuxième refrain plus travaillé. N'empêche, en seulement 18 minutes, il se dégage une aura unique de to hell with it, faite de fragilité, d'associations musicales nouvelles et pourtant si évidentes, et de refrains entêtants. Avec une ambiance nostalgique ne tombant heureusement pas dans l'imitation crasse, on tient peut-être bien l'album le plus 2021 de 2021.