The Ballad Of Darren

Blur

Parlophone – 2023
par Nico P, le 29 juillet 2023
7

La vie est parfois, tout de même, bien faite. Il nous est permis de vaquer à nos occupations, d’avancer, tranquillement, de grandir en laissant derrière nous, à raison, ces parties de notre adolescence qui peut-être, parfois, nous empêchent d’aller de l’avant, de devenir des adultes normaux. Parfois, on a des envies de régression, encore et toujours, et bonne nouvelle, les grands disques ne meurent jamais, ils nous attendent en cas de besoin. Mais le fait est que, sur le chemin, bien des icônes ont choisi de nous lâcher la main pour nous regarder, au loin, apprendre à marcher. Fugazi, Oasis, The Rapture et Millionnaire, pour n’en citer que quelques-uns, ne sont plus là, et c’est une bonne chose. Les icônes doivent mourir pour ne jamais disparaître.

Et puis il y a Blur. Un non sens. Blur donc, qui au sein d’une seule et même discographie aura tout connu, des premiers titres agréablement pop rock mais sans grande imagination, au commentaire social, en passant par le grand disque drogué, le grand disque de rupture, le grand projet parallèle, la petite escapade solo, et ainsi de suite jusqu’à cocher l’intégralité des cases. Manquait celle, rare, presque cachée, du grand disque du retour, celui qui fait regretter l’implosion, celui qui témoigne d’un regain inespéré, inhabituel, étrange presque, de créativité. Grand disque nécessairement imparfait - ce sont les meilleurs, mais grand disque tout de même. C’est désormais chose faite. Cette case, aussi, n’est pas tout à fait cochée, ou alors au crayon à papier, pour pouvoir gommer si besoin, mais la grille semble pour l’heure complète.

Rappel des faits. En avril 2017, le projet Gorillaz de Damon Albarn a sorti son cinquième album studio, Humanz, suivi de trois autres albums, sortis respectivement en juin 2018, octobre 2020 et février 2023. Albarn a également sorti son deuxième album solo, The Nearer the Fountain, More Pure the Stream Flows en novembre 2021. Le guitariste Graham Coxon a sorti son premier album avec The Waeve, pas mauvais, en février 2023. Pendant ce temps, le batteur Dave Rowntree a sorti son premier album solo, Radio Songs, passé inaperçu, en janvier 2023. Alex James fait du fromage. On le dit très bon.

Et puis, un jour, “The Narcissist”. Une chanson à la fois brillante et astucieuse, souvenir pas nostalgique pour un sou de leurs triomphes passés, témoignage précieux de l’évolution du groupe, sensation adolescente devenue quadra conquérant, pour finalement franchir le cap des années 2000, 2010, puis, ici, 2020, sans jamais rien changer, sans jamais stagner non plus. “The Narcissist”, ou un retour annoncé en grande forme. C’est bel et bien le cas.

Dans les faits, ce neuvième album de Blur comporte à la fois le meilleur, le pire, et le plus anecdotique de leur carrière. Le meilleur : le refrain taillé pour les foules de “Barbaric”, la douceur de "Russian Strings", la mélodie, immense et éternelle, déjà, de "Goodbye Albert". Le pire : principalement l’abominable "St. Charles Square" et son riff, maladroit, indigne d'un guitariste de la trempe de Graham Coxon. L’anecdotique : le reste, à peu de choses près.

Cultivant la même mélancolie que 13 (sans la tristesse pure), ce disque est aussi, peut-être, une confession. L’histoire du groupe est connue - les tourments, le succès, les disputes, l’incapacité à la fois de s’aimer et de se côtoyer. Et ils ne le savent que trop bien : la tournée achevée, chacun retournera à ses occupations, cherchant moins l’inspiration qu’une bonne raison d’y retourner. The Ballad of Darren est un album sérieux (aucun “Crazy Beat” à l’horizon, encore moins de “Song 2”). Un album qui, ils le savent, sera sans doute le dernier, alors autant se l’avouer, le chanter, l’assumer. Le décevant The Magic Whip semblait vouloir raviver la gloire passée, The Ballad of Darren la célèbre, et la salue avec respect. Un adieu aux armes, une vie encapsulée, et quelques souvenirs en héritage.

Le goût des autres :