Sleeping Pills

Pillowdiver

12k  |  2009
6 / 10
par Simon  |  le 14 août 2009

Musique ambient et belles guitares ont toujours été de ces couples immortels, il suffit pour s’en convaincre de jeter un oeil à la pléiade d’artistes officiant dans ce presque-genre, retrouvant en tête les ténors que peuvent être Fennesz ou Giuseppe Ielasi. Souvent propice à des introspections nocturnes, cette forme de post-rock douloureux trouve à nouveau de quoi s’étendre aux côtés de Pillowdiver, Allemand de son état, et exilé sur cette véritable terre promise du minimalisme chaud qu’est l’écurie new-yorkaise 12k. Et il faut dire que pour un premier album, Rene Margraff fait les choses plutôt bien.

Armé de sa Fender Jazzmaster et d’une poignée de synthétiseurs, l’Allemand s’embarque pour neuf compositions aux allures variables, pour neuf lieux où se mêlent accidents sonores subliminaux et accords élégiaques de cordes scintillantes. Ajoutez à cela une toile de fond ambient de facture simple (souvent une à deux boucles brumeuses) et des incursions de field recording, et vous obtenez un Sleeping Pills nostalgique à souhait, bien entendu idéal par temps de pluie. Pillowdiver sait épurer sa musique jusqu’à l’os (« Fifteen », « Eleven ») comme il sait travailler de manière plus touffue par endroits (« Two », « Seventeen », « One ») pour finalement jouer sur les contrastes d’un titre à l’autre, toujours en position couchée, le regard vers les étoiles. Car finalement, tout est dans le titre : Sleeping Pills est une longue déambulation au pays des rêves en construction, il est la bande-son des matins difficiles et le compagnon fidèle des insomniaques désireux de retomber dans les bras de Morphée. Et c’est parfois là aussi que le bât blesse quelque peu : à force de vouloir la jouer escapades rêveuses, Pillowdiver aura tendance à ressortir de sa besace un schéma peu original et forcément répétitif, qui ne trouvera d’intérêt que dans l’écoute attentive de toutes ses composantes.

Chaud, apaisant et porté sur l’intérieur, voilà qui devrait résumer ce croisement « pas si subversif » entre indie rock et expérimentations minimalistes. Et si Sleeping Pills n’a pas encore atteint le rang des disques cultes, il ne fait nul doute que dans l’avenir nous saurons nous souvenir du nom de cet Allemand, de son approche musicale raffinée et de ses chuchotements intra-auriculaires. Pas si mal tout bien considéré.