Roi Sans Carrosse

Oxmo Puccino

Cinq7  |  2012
7 / 10
par Maxime  |  le 21 septembre 2012

C'est peu dire que l'on attendait avec impatience le grand retour du "rappeur culte à la rime occulte". Car sous son patronyme prémonitoire, entre Puccini et Pacino, le rappeur parisien né au Mali fait briller la langue française comme nul autre depuis quinze ans. Tout au long de son exemplaire carrière, Oxmo Puccino a montré qu'il aimait unir les contraires: un amour mort-né, un cactus gelé, une arme pour faire la paix. Et ce nouvel opus ne fait pas exception à la règle avec son roi qui marche à pied.

Première constatation, Roi Sans Carrosse est le plus court opus du masterciel, avec 11 morceaux pour seulement 32 minutes, bien loin de ses premiers longs formats. Quand on la regarde dans sa globalité on a d'ailleurs l'impression que toute l'oeuvre du rappeur tend vers l'épure, tout le superflu étant petit à petit gommé pour aller vers un dénuement poétique, une musique apaisée et déshabillée de ses oripeaux inutiles. La faible durée de l'ensemble laisse néanmoins un peu l'auditeur sur sa faim.

Second constat, ce nouvel album continue de creuser le sillon du déjà très réussi L'Arme de Paix, tout en se révélant plus homogène. Là où ce dernier alternait les moments de grâce ("Soleil du Nord", "A sens inverse") avec les morceaux plus discutables (à commencer par l'irritant duo avec Olivia Ruiz), Roi sans carosse frôle le sans faute. Les thèmes chers à Oxmo sont tous présents: la ville et en particulier Paris (le très beau "Pam Pa Nam" supportant largement la comparaison avec l'éclat passé d'un Mano Solo ou d'un Renaud période loubard de la porte d'Auteuil), l'amour et la féminité, déjà largement évoqués en 2001 dans son chef d'oeuvre L'Amour est mort (le très imagé "La Danse Couchée").

Au fil des morceaux on décèle également un propos plus mature, déjà esquissé par le passé, portant sur la paternité ("Un an moins le quart") ou le temps qui passe ("Le vide en soi" et son lit de cordes) et use le couple ("Pas ce soir"). L'égotrip rap bien placé "Le sucré pimenté" fait à la fois office d'éclaireur et de caution hip-hop, comme en son temps "Masterciel" pour L'Arme de Paix. A noter cependant que les deux remix du morceaux conviant le gotha de la scène rap actuelle (Youssoupha, Orelsan and co.) n'auraient pas été de trop en bonus de l'album étant donné sa courte durée.

Roi Sans Carrosse se conclut sur un bref morceau éponymé chanté, comme L'Amour est mort il y a onze ans. Oxmo se sent visiblement de plus en plus à l'aise dans ce registre, assumant sans complexe la filiation avec la chanson française. Le rappeur/chanteur qui a d'ailleurs repris "Ne me quitte pas" sur sa récente mixtape Doux or die se revendique ouvertement de Jacques Brel, un peu comme Abd Al Malik l'avait fait avec son (seul) grand disque Gibraltar en 2006. Roi sans Carrosse est ainsi une nouvelle pièce de choix dans l'impeccable discographie du MC. Et si le rap français "c'était mieux avant", Oxmo Puccino fait heureusement partie des quelques MCs encore en activité capable de fair mentir cet adage.

Le goût des autres :