Reflections 2012-2016

¬ b (fka Lee Bannon)

Autopromotion – 2017
par Simon, le 6 janvier 2017
9

Cela fait huit mois qu’on écoute Reflections 2012-2016. Et cela fait huit mois qu’on veut vous en parler. Pourtant, et c’est peut-être l’ultime marque des grandes œuvres, il n’y a rien qui sort au moment de vous évoquer ces trente titres. Pas seulement parce que cet ensemble de réflexions s’étend sur la longueur, ni même parce que le spectre envisagé est extrêmement large, mais bien car cette mixtape sortie de nulle part possède un ADN total et que sa simple présence suffit à chambouler toutes nos certitudes. Jusqu’à notre façon d’appréhender une certaine musique électronique depuis maintenant plus de cinq ans.

On ne voudrait pas s’attarder sur des considérations historiques, mais il parait important de souligner que le visage de la bass music depuis vingt-cinq ans, jusqu’à l'âge d’or qu’a connu le dubstep entre 2005 et 2010, semble aujourd’hui bien blême. Les modes de consommation de la musique ont changé, les bedroom producers se sont démultipliés, les scènes se sont conscientisées. Tant et si bien que le paysage musical électronique anglais, s’il n’a pas gagné en lisibilité, a perdu peu ou prou ce qui faisait son véritable terroir. Il a perdu son noyau dur, ce qui justifiait sa présence partout dans les clubs : le feu intense de son cœur, sa bâtarde irrévérence, sa classe et sa lourdeur. Les productions sont devenues soit rachitiques, soit vulgaires (le grime a pour cela bien aidé), soit entièrement vidées de leur substance. Londres ne sera jamais Hollywood et il ne sert donc à rien de tout policer, de tout vulgariser, de tout dénaturer. Londres ne sera jamais Hollywood et c’est très bien ainsi.

C’est précisément dans ce cadre-là que l’œuvre de Lee Bannon est insondable, qu’elle en devient finalement indescriptible. D’où notre hésitation au moment de vous en parler. Si on se laissait aller à devenir grossièrement prosaïque, on dirait que Reflections 2012-2016 est plus bass music que tout ce qui a pu sortir ces cinq dernières années. Tout le spectre est couvert, sans fard, sans raccourci ni tour de cons. L’histoire d’un homme derrière ses machines, qui compose à l’infini sans limiter les entrants, qui s’autorise tout et qui accepte tout. La liberté est totale ; ici, il n’y a que de la proposition. D’ailleurs, aucun de ces titres n’avait vocation à arriver jusqu’à nous quatre ans auparavant, au moment où les premières pierres de ce chantier permanent ont été posées. Cette pure liberté ne veut dire qu’une chose, que la musique fera inévitablement corps avec son géniteur.

Et c’est précisément ça qui consacre le génie du producteur new-yorkais. Vous aurez droit à tout, littéralement, dans des versions absolument pas peaufinées. Ce sera direct et viscéral : du dubstep, du UK garage, de la house, de l’ambient, beaucoup de techno, de gabber, de grime 2.0, de happy hardcore, de footwork et de jungle. Le tout dans une version proto, toujours au plus près de la composition et de l’absence de calcul. Du joyeux hybride, de la folie à tous les étages. Pendant plus d’une heure trente, Lee Bannon démonte tout ce qui a été fait ces dernières années en faisant étalage d’un jeu simplissime, souvent analogique, tellement pur dans sa projection inévitable et dans son rayonnement qui semble infini. Le meilleur disque de bass music de ces cinq dernières années ? Probablement. Le disque de l’année ? Sans aucun doute possible. Une véritable encyclopédie.