ONANI [Practice Makes Perfect]

Ordo Rosarius Equilibrio

Cold Meat Industry  |  2009
8 / 10
par Julien  |  le 18 mai 2009

Cold Meat Industry, qui ne vous dit peut-être rien, est ce qu'on appelle une institution. Un label que l'on reconnaît entre mille, et qui est à lui seul le dépositaire de toute une scène musicale depuis 1987. Cold Meat Industry est à la fois un gage de qualité et déjà un genre à part entière. Dark-ambient, musique rituelle, folk apocalyptique... les appellations sont quelque peu effrayantes, mais ne nous affolons pas, car l'ensemble n'est pas guère plus inabordable qu'un disque de Bashung ou Joy Division. Ordo Rosarius Equilibrio représente l'aspect le plus folk de la structure suédoise. Version chantée des paysages noirs et mélancoliques dessinés par Raison d'être ou Desiderii Marginis.

ONANI est en fait un disque sur la masturbation. Un disque qui touche le fond, dans ce trou où se couplent mort et sexualité – regardez "l'Empire des Sens" d'Oshima comme c'est criant. Il n'est pas question de vulgarité, juste d'un point de désespoir où l'érotisme, l'auto-érotisme deviennent  les seules réponses adaptées. Le discours n'est pas très heureux, il s'entend, mais il est un écho esthétique à une terrible vérité de l'extrême, travaillée par mille auteurs depuis toujours, les acoquinements d'Eros et Thanatos.

Musicalement Ordo Rosarius Equilibrio fait dans le luxe. On pense d'abord et tout de suite à Death In June : voix grave, diction paisible, guitares simplistes. Mais le décor s'accompagne de toute la culture Cold Meat Industry – claviers sombres et profonds, rythmes martiaux, choeurs néo-classiques et bruitages indus. Tout cela est orchestré admirablement, avec beaucoup de tenue et de raffinement, créant une texture sonore riche et envoûtante. L'ensemble s'avère hypnotique et répétitif, avec ce qu'il vaut d'audace pour éviter la redondance. Beau et vénéneux, ONANI s'insinue donc peu à peu en nous, jusqu'à l'addiction pour la chose morbide dont il est justement question dans les textes scandés par Tomas Pettersson.