Life of a DON

Don Toliver

Cactus Jack  |  2021
8 / 10
par Ruben  |  le 15 novembre 2021

En 2018, alors que le phénomène ASTROWORLD secoue la planète rap et que son interprète devient instantanément la nouvelle coqueluche de toute une génération, certain·es curieux·ses s’attardent sur un titre en particulier, « Can’t Say ». Portée par un inconnu au timbre de voix mélodieux et autotuné à point, l’impeccable prestation vocale et le talent brut qui en émane font lever les sourcils : qui est ce mystérieux Don Toliver ? Pur produit de l'école Cactus Jack, le label de Travis Scott, le Don aura immédiatement séduit par ses capacités techniques semblables à celles de son ainé. Les parallèles entre les deux artistes sont d’ailleurs si flagrants que, lors de la chronique de son premier LP, nous avions statué que « musicalement, les ressemblances esthétiques entre Travis Scott et son poulain sont indéniables, peut-être même inquiétantes ». Effectivement, sur Heaven Or Hell, Don Toliver n’était pas parvenu à s’extirper de l’emprise de son label. Trop frileux, il était resté tapi dans sa zone de confort et avait livré un disque sans grande audace, ni personnalité.

Visiblement, le rappeur de Houston a profité des différents confinements pour se poser les bonnes questions et, avec ce second album studio, parvient enfin à se façonner un univers sonique qui lui est propre ; un monde brumeux où le PBR&B fusionne avec la trap, où des touches de guitare hispanique superposent des synthés psychédéliques, et où de soyeuses infra-basses rythment une ambiance ténébreuse qui enveloppe toute la tracklist, tel un nuage de fumée oppressant. Dans cette optique, l’introductif « Xscape » est une idylle ensorcelante, qui nous embarque immédiatement pour des contrées sonores célestes. Que ce soient les nombreuses couches de synthés colorées et dansantes, les trois subtils kicks d’808 au timing parfait, ou encore cette longue outro cinématographique signée Mike Dean, la première piste de Life of a DON nous colle au plafond d’entrée de jeu. D’ailleurs, l’intensité ne chutera pas d’un poil durant les quatre pistes suivantes ; de « 5X » à « What You Need », Don Toliver délivre un enchainement impeccable de bangers codéinés, qui placent la barre très haut dès les premières minutes d’écoute. On attend alors l’inévitable faux-pas, ou que la lassitude s’installe, mais cela n’arrivera pas.

En effet, des pistes comme « Drugs N Hella Melodies » ou « Swangin on Westheimer » vont intelligemment ralentir le rythme efféné du disque pour explorer les mêmes ambiances planantes et mélancoliques qu’un PARTYNEXTDOOR. Lee dernier titre se place d’ailleurs comme une des meilleurs de la discographie du rappeur de Houston : « Swangin on Westheimer » est une ode à sa ville natale et encapsule parfaitement l’état d’esprit d’un artiste confiant, sûr de son talent et de l’énergie qu’il souhaite insuffler à son projet. En conclusion de son disque, Don Toliver a également eu la brillante idée d’y placer le titre « BOGUS » ; un bouquet final époustouflant qui, par la prod impeccable de Motif Alumni, pousse le curseur du turn-up dans le rouge et nous laisse clairement en chien.

Musicalement, avec Life of a DON, Don Toliver rend donc une copie quasi-parfaite. Néanmoins, comme toute sortie du label Cactus Jack, l’album va manquer d’une cohérence narrative et de thématiques originales ; de ce fait, de nombreux couplets n’ont souvent ni queue ni tête. Le rappeur texan compense cela avec des flows mélodieux et une énergie fascinante, mais le manque de substance se fait sentir par moments. Pour autant, cela n’handicape aucunement l’expérience puisque chaque écoute du disque reste toujours aussi agréable. Perché, unique et surtout admirablement bien produit, Life of a DON est un incontournable dans le paysage hip-hop de 2021 ; un disque de haute volée qui braque, une fois de plus, les projecteurs du rap-jeu entier sur la bouillonnante scène de Houston.