Kill Yourself Dancing: The Story of Sunset Records Inc.

Various Artists

Still Music  |  2013
8 / 10
par Simon  |  le 7 novembre 2013

L’ère 1985-1990, considérée comme un âge d’or du genre house music, ne serait pas grand-chose sans l’avant-garde menée par Trax Records ou D.J. International : de Virgo à Adonis en passant par Phuture, Frankie Knuckles ou Mr. Fingers, rien ne résiste à la nouvelle étiquette électronique en provenance de Chicago. Hype qui n’en porte pas encore le nom, délires corporels, fusions entre le soundsystem de papa et le dancefloor du fiston, myriade de clichés, de l’homosexuel qui se libère à la révolution noire africaine post-disco: la house c’est tout ça, et les deux labels précités les incarneront toujours aux yeux de l’Européen de base, fier des grosses lanternes qui lui permettent de jouer avec l’histoire américaine dans une grande nébuleuse faite de fantasme et de raccourcis. Et on ne lui en veut pas, à moins d’être omniscient (ce qui pourrait se traduire par être jeune à chaque époque) ou d’avoir des journées de quarante-huit heures, le raccourci semblant être le moyen le plus pratique pour s’en prendre plein la vue rapidement et sans trop de risques.

Avec presque vingt ans de retard, on pourrait alors dire que Matt Warren, Miguel Garcia et Ralphi Rosario forment ensemble le derme de quelque chose de moins visible, mais de pas moins passionnant pour la cause. Une occasion supplémentaire de voir la house sous une autre lorgnette (parler d’underground ne serait pas insultant, si on resitue le contexte). Voir que l’excellence et la tradition logent partout lors de chaque naissance musicale, chaque âge d’or en devenir. C’est l’histoire de ces trois peaux de zob, qui en rejoignant Alex et Robert Rojo (qui officiaient sous le Sunset Mobile Disco) ont formé Sunset Recordings Inc. Un label de fauchés qui ont eu du mal à investir dans leurs premières boites à rythmes, et qui n’ont finalement jamais connu le succès qu’ils méritaient. Un crew un poil autarcique qui a lancé sur le marché des dizaines de bombes au succès d’estime.

Une histoire enfouie dans les centaines d’histoires qui ont fait de la house une des dernières grandes révolutions musicales du siècle, déterrée par l’excellent label Still Music et son curateur Jerome Derradji. Vingt-et-un titres de rythmes secs, de lignes de basses acid et de refrains entre soul et pop. On n’échappe pas aux lieux communs(faut pas déconner non plus), mais on voit là une force de composition étonnamment dynamique, qui trouve un magnifique point d’équilibre entre la découverte technique de l’instrument et l’instinct d’écriture. On y entend des choses plus anciennes forcément (funk, disco ou soul, bien loin) mais surtout on y entrevoit toute une stylistique qui sera après peaufinée par des références que peuvent être Drexciya, Laurent Garnier, Juan Atkinson ou toute la clique d’International Deejay Gigolo Records (paie ton hommage Dj Hell). Vingt-et-un titres calés entre les Original Mix, les Club Mix, Large Dub, Commercial Mix, Acid Dub et on passe. Une histoire dans l’histoire. Afin d’éviter le raccourci, toujours.