Hushed and Grim

Mastodon

Reprise  |  2021
7 / 10
par Jeff  |  le 9 novembre 2021

De nombreux fans historiques de Mastodon vous le diront : ces dernières années, ils ont mangé leur pain noir, spectateurs·rices impuissant·es de la starification à marche forcée d’un groupe qui, précisons-le, au eu le bon goût de le faire avec des disques très loin d’être déshonorants. Depuis une petite dizaine d’années, la formation US produit des albums qui oublient les racines prog et thrash des débuts pour se concentrer sur un sludge recherchant à tout prix l’efficacité, optant pour des formats courts qui faisaient d’avantage figure d’exception par le passé – on pense à « High Road » ou « Show Yourself ». Visiblement, Mastodon a entendu les déçu·es et revient au bercail avec un double album de nonante minutes sur lequel deux titres seulement sont sous la barre des cinq minutes. Est-ce une bonne nouvelle ? Oui et non.

Commençons par ce qui réjouira celles et ceux qui sont restés bloqués à l’intestable trilogie formée de Leviathan, Blood Moutain et Crack the Skye : oui, Mastodon ne vous a pas oublié·es, et oui, c’est clairement à cette folle période que le groupe envoie de gros clins d’œil, nous rappelant sa facilité à tout tenter et à tout explorer pour mieux se réinventer – on parle quand même de types capables de foutre dans un shaker Voivod, High on Fire et Neurosis, et d'en sortir un produit gigantesque d’ambition et de puissance.

Nous sommes en 2021, et avec 20 ans de carrière dans les guiboles, Mastodon n’a plus envie de rebattre les cartes et préfère rouler à tombeau ouvert sur l’autoroute de sa propre créativité, dans une démarche de plaisir pour tou·tes – eux, et les fans. Et à l’écoute de titres à multiples couches et tiroirs (l’enchaînement « Sickle and Peace » / « More Than I Could Chew » / « The Beast » est bluffant), on retrouve ce groupe qui puise sa force à parts égales dans chacune de ses composantes - et une fois encore, la répartition des parties vocales entre le bassiste Troy Sanders, le guitariste Brent Hinds et le batteur Brann Dailor est un régal pour les oreilles.

Mais fallait-il jouer la carte du double album ? Peut-être pas. Même sur ses disques les plus denses, Leviathan en tête, Mastodon a toujours su produire de la qualité sur un format court pour le niveau d’ambition affiché : une cinquantaine de minutes suffisait pour proposer plus de mindfucks que pas mal de groupes sur toute une carrière. Ici, le second disque (à partir de « Peace and Tranquility », pour mes stremeur·euses) peine trop souvent à tenir la comparaison avec son grand frère, enchaînant les titres peu inspirés ou mal dégrossis – on sauve quand même quelques impressionnantes saillies, comme la ballade « Dagger ».

Bien sûr, la production de Dave Bottrill (Tool, Muse ou dEUS) est irréprochable, mais elle ne suffit pas toujours à masquer les faiblesses d’écriture d’un groupe qui a déjà tout dit une demi-heure plus tôt. Peut-on vraiment lui en vouloir ? Oui et non. Oui, car si il avait été amputé d’une demi-dizaine de titres, Hushed and Grim aurait pu se faire une jolie place dans le cœur de fans qui ont toujours été exigeant·es avec le groupe. Non, parce qu’en vingt années de carrière, Mastodon a toujours su se hisser au-dessus de la mêlée même quand la baisse de régime se faisait ressentir.

Le goût des autres :