Fundamental

Pet Shop Boys

Parlophone  |  2006
8 / 10
par Popop  |  le 15 février 2006

Après 20 ans de carrière et une dizaine d’albums au compteur, les Pet Shop Boys restent une curiosité pour le grand public. Figures emblématiques du mouvement gay de la fin des années 80, auteurs d’un nombre considérable de tubes (recensés en 2003 sur le double best-of Pop Art), Neil Tennant et Chris Lowe font pourtant figure d’éternels outsiders de la pop-music - pour ne pas parler de seconds couteaux. Sans doute la volonté des deux compères de rester soigneusement éloignés des médias est-elle pour beaucoup dans ce constat – c’est un fait, on n’aime pas les stars trop discrètes. Pour ne rien arranger, le duo a tenté en 2002 un virage semi-acoustique (et seulement semi-réussi) avec Release et s’est empêtré dans deux projets abracadabrantesques, le spectacle Closer To Heaven et la BO d’un film datant de 1925, Battleship Potemkin.

Ceci expliquant cela, la sortie d’un nouvel album des Pet Shop Boys en 2006 ne suscitait à la base l’excitation que de quelques groupuscules de fans hardcore. Quelle grossière erreur ! Certes, ce disque est un énorme anachronisme avec ses hymnes disco et sa new-wave légère et enjouée (alors que c’est Joy Division qui est de nouveau à la mode grâce à des groupes comme Interpol et Editors), mais quelle démonstration de maîtrise et de songwriting ! Si "Psychological" et son évocation des fantômes glorieux de Depeche Mode et de Kraftwerk (comment ça ces deux groupes sont toujours en activité ?) brouille un peu les pistes d’entrée, Fundamental voit nos employés de boutique animalière revenir aux… fondamentaux (désolé) avec un son brut et des chansons pop aux refrains presque trop évidents. Reposant sur un équilibre parfait entre ballades mélancoliques ("Numb", "Casanova In Hell", "Indefinite Leave To Remain") et titres plus dansants ("Minimal", "The Sodom & Gomorrah Show", "Integral"), le disque ne sombre ni dans le kitsch ni dans le larmoyant et alterne les deux genres pour conserver un rythme idéal du début jusqu’à la fin.

Par contre, il est amusant de voir que les vieux réflexes reviennent très vite : alors que plus de la moitié de ce disque pourrait enflammer les dancefloors et les charts à n’importe quel moment, c’est "I'm With Stupid", l’un des titres les moins évidents, qui a été choisi comme premier single (avec un clip auto-parodique du plus bel effet). Une attitude sans concession qu’il convient de saluer même si ça tient plus de l’effet de style que de la logique. Car clairement, Fundamental est le meilleur disque des Pet Shop Boys (légèrement devant Behaviour et Nightlife) et il mérite d’être entendu par le plus grand nombre. D’ailleurs, ce n’est certainement pas un hasard si Neil Tennant clôt l’album sur "Integral" en murmurant le mot 'perfect' : 20 ans de carrière et tout l’avenir devant eux.