France Forêts

Pharaon de Winter

Vietnam  |  2021
8 / 10
par Amaury S  |  le 27 octobre 2021

C’est l’histoire d’un homme qui passe ses journées sur des parkings prisonnier d’une spirale de mensonges, du voisin discret qu’on croyait sans histoire, de trous qu’on creuse et qu’on rebouche dans les bois. Les adeptes de Faites entrer l’Accusé l’auront compris, ce sont les faits divers de ces dernières décennies qui ont servi de terreau à France Forêts, le deuxième album de Pharaon de Winter, paru ce 22 octobre chez Vietnam, le label musique du groupe SoPress créé par l'infatigable Franck Annese.

Car en plus d’être auteur-compositeur-interprète et d’avoir grandi dans l’Yonne au moment des affaires liées à Émile Louis ou Jean-Pierre Treiber, Maxime Chamoux, dans le civil, est journaliste et a notamment co-réalisé une enquête sur Xavier Dupont de Ligonnès en 2019 pour le magazine Society. Ces histoires horribles ont donc toujours fait partie de sa vie, mais pour les évoquer sans sombrer dans le glauque ou le malaisant, le chanteur a choisi de ramener ces drames à leur dimension la plus humaine et donc la plus collective. Au point d'utiliser régulièrement la première personne dans l'écriture des textes : "La voiture à l'arrêt, sur ce parking sans importance, je reprends mes distances avec la réalité", "Je ne veux rien qu'un ami de temps en temps, un ami qui ne m'abandonne pas quand minuit résonne", ce qui constitue une vraie force de l'album puisque cette approche intime donne beaucoup de vertiges à ces évocations inquiétantes.

Mais des textes forts suffisent-ils à faire un bon album ? Non évidemment et c’est là que France Forêts prend toute sa dimension. Il suffit d’écouter l’intro de "L’Habitacle" pour comprendre que nous avons affaire à un disque de musicien qui prend plaisir à donner sa pleine puissance aux riffs de guitare et de basse, aux envolées de synthé et de piano, aux relances de batterie. Et c'est cette capacité de manier aussi bien les mélodies racées dignes de Michel Berger, William Sheller ou Gérard Manset que les orchestrations tantôt rugueuses ("On parle de toi"), tantôt sensuelles ("Une Statue pour Nigel") qui rend l'écoute du disque très sensorielle, évitant toute chape de plomb liée à son sujet.  France Forêts s’avère donc une expérience forte qui par sa franchise, son originalité et son élégance hante autant qu’elle séduit. Assurément l'une des plus belles propositions de l’année en chanson française.