Fire

The Bug

Ninja Tune  |  2021
9 / 10
par Jeff  |  le 24 septembre 2021

Sept années séparent la sortie de Fire et celle d’Angels & Devils, le précédent album en solitaire de The Bug, le projet infernal enfanté par le vétéran Kevin Martin. Pourtant, entre ces deux sorties, le producteur londonien (exilé à Bruxelles) est loin d’être resté inactif : rien qu’avec son alias The Bug, il a fricoté avec les pionniers du doom de Earth et l’artiste electro Dis Fig. Mais voilà, pour Fire, c’est tout seul comme un grand monsieur de la bass music qu’il nous revient.

Artistiquement, The Bug reste fidèle à lui-même et s’inscrit dans le droit fil de London Zoo et d’Angels & Devils, produisant une B.O. de l’apocalypse dont la source d’inspiration principale reste cette culture du riddim et du soundystem dans laquelle Kevin Martin baigne depuis des décennies. Partant de cet amour pour ces constructions riches en basses cataclysmiques et en furieuses invectives, il produit une concoction à base de ragga, de dub(step), de dancehall et de hip hop industriel, et il invite quelques voix amies à venir maximiser le potentiel de sa petite entreprise de destruction massive.

La formule est plus instable que la santé mentale de Francis Lalanne, pourtant rarement Kevin Martin ne semble l'avoir autant maîtrisée que sur Fire, disque total qui le voit pousser sa vision jusque dans ses derniers retranchements. Pour y arriver, il s’impose une pression maximale, semblant travailler dans une forme de surrégime permanent qui font des 14 titres de Fire de véritables déclarations de guerre. Ces visées insurrectionnelles ont toujours été au coeur du projet The Bug, dont le caractère politique a toujours infusé la démarche, mais rarement elles ont été aussi palpables sur toute la durée d’un disque. Et pour jeter des jerrycans entiers d’huile sur le feu, Kevin Martin fait appel à une sacrée armée de chevaliers de l’apocalypse, qui se mettent tous au diapason d’un producteur marchant sur l’eau. Le casting est dingue, mais on retiendra les prestations de la poétesse Moor Mother (le passif-agressif « Vexed »), du toaster Nazamba (incroyable « War ») ou du MC et BFF Flowdan (phénoménal de violence sur le bien-nommé « Pressure »).

Parmi les prérogatives de l’attaché de presse compétent, il y cette pratique qui consiste à envoyer un petit mail aux journalistes qu’il juge compatibles avec le disque dont il assure la promotion afin de les sonder brièvement. Dans mes échanges avec la personne chargée de faire exister médiatiquement Fire, cette dernière en est arrivé à la conclusion que cet album, « il fait du bien ». Dans les faits, elle ne peut pas être plus éloignée de la réalité : ce nouveau projet de l’Anglais provoque en nous un déluge d’émotions, mais aucune d’elle ne « fait du bien ». C’est même tout le contraire : peu de disques en 2021 pourront rivaliser avec Fire en termes de violence, de potentiel anxiogène et d’angoisse existentielle.

Le goût des autres :