Familie Boven Alles

Stikstof

Top Notch  |  2021
7 / 10
par Jeff  |  le 7 octobre 2021

N’y voyez pas une poussée fiévreuse de boomerisme, mais un constat : quand j’écoute du rap dans ses formes plus actuelles, et qu’un jeune type complètement goussé me parle de détails, de consommation effrénée de guedro ou d’une passion soudaine pour Audemars Piguet, j’y vois une uniformisation totale du genre, qui rend la frontière entre le trappeur d’Atlanta ou de Bâton-Rouge et son homologue parisien, berlinois ou bruxellois extrêmement fine – pour ne pas dire inexistante. 

Le rap vit sa mondialisation à marche forcée, pour le meilleur et pour le pire. Si le rap d’aujourd’hui est encore capable de nous faire ressentir des choses (encore heureux), sa géographie semble totalement lissée. Je ne suis pas Parisien, mais quand Kool Shen me racontait le terrain vague de La Chapelle sur « Tout n’est pas si facile », j’avais l’impression d’y être. Quand MC Solaar me parlait de « la ville qu'on appelle Maisons-Alfort », je m’imaginais en arpenter les rues à ses côtés.

En Belgique, les tenants d’une telle vision du rap se nomment Stikstof, et ils incarnent Bruxelles comme peu d’autres projets peuvent le faire – tous genres confondus. Et Familie Boven Alles enfonce ce clou : pas besoin d’avoir toutes les références à tous ces lieux qu'ils fréquentent, pas besoin d’être Bruxellois pour sentir la crasse de la ville qui transpire par tous les pores de ce nouveau disque, à commencer par l’incroyable titre qui l'ouvre, « Nitro », et qui servira au groupe de porte-étendard. 

Vous savez l’amour que l’on porte au crew Bruxellois depuis 02, et vous savez que cet amour est devenu obsession avec l’immense Overlast, qui le voyait affiner une proposition capable de conjuguer le rap à l’imparfait et au futur simple dans un seul et même élan. Sur Familie Boven Alles, à quelques exceptions près (« Ambras » ou « Zeg Zo »), Stikstof fait bouger le curseur, optant pour une vision résolument old school, qui renvoie à ses années formatrices, passées à poncer des disques de Mobb Deep ou Lunatic – deux influences assez évidentes sur une bonne partie de l'album.

Familie Boven Alles marque surtout le retour du trio après une parenthèse qui a vu Zwangere Guy devenir une vraie star. Et l’importance qu’a pris celui-ci dans le rap belge se ressent sur ce nouvel album qui, dans ses couleurs et ses sonorités, ressemble parfois moins à un album de Stikstof qu’à BRUTAAL ou Wie Is Guy?. Heureusement, ce constat doit être contrebalancé par l'inexorable montée en puissance de Jazz, dont le flow grave gagne en profondeur et en charisme à chaque projet qui passe.

Pour un album qui dit mettre en avant l’idée même de famille, on regrette simplement que les liens qu’a pu tisser Stikstof avec la scène bruxelloise (ou belge) ne se ressentent pas davantage : sur la plage-titre qui clôt Familie Boven Alles, seul le Néerlandais Sticks a voix au chapitre. Ce sera d’ailleurs l’unique invité du disque, et on aurait aimé qu’à la façon de Starflam sur le phénoménal « Mic Smokin’ » ou Scylla avec « BX Vibes », la famille élargie rejoigne le groupe pour un posse cut qui aurait pu faire date.  

Le goût des autres :