FabricLive.59

Four Tet

Fabric – 2011
par Jeff, le 3 octobre 2011
8

Le premier mot qui vient à l'esprit pour parler de cette nouvelle livraison de la série FabricLive est "enfin". Oui, enfin la maison londonienne a demandé à l'un des producteurs les plus essentiels de ces dix dernières années de lui livrer une compilation mixée, alors que 120 autres artistes s'y sont déjà collés avec grand plaisir. Certes, on sait Four Tet très occupé et on suppute que c'est surtout une question d'agenda qui est à l'origine de ce retard presque impardonnable. Enfin donc, parce que Kieran Hebden fait partie de ces gens éminemment respectés, dont la sphère d'influence ne se limite pas à la seule musique électronique, mais percole également dans les milieux rock arty, jazz ou post-rock. Versatile et imprévisible, l'Anglais a toujours su se montrer à la hauteur des attentes, qu'il nous livre des disques de house cérébrale, qu'il donne dans le folktronica rêveur ou qu'il collabore sur un projet plus expérimental avec le regretté Steve Reid.

Aussi, le savoir aux commandes d'un FabricLive, c'est avant même de commencer l'expérience, s'exposer à ses passionnantes lubies. Et au regard de son CV, c'est surtout s'attendre à une sélection qui pourrait bien ratisser très large.

Pourtant, c'est tout le contraire. On pensait que Four Tet jouerait la carte de l'éclectisme doublé de modernisme, comme il l'avait fait avec son DJ-Kicks où l'on croisait Akufen ou Animal Collective. Mais jamais avare en bonnes surprises, le producteur préfère prendre le contre-pied – voire faire un pied-de-nez. Ce FabricLive.59, d'une cohérence presque inattendue, sera surtout un hommage aux scènes UK garage et 2-step qui ont précédé et façonné les invasions grime et dubstep. Certes, on trouve bien sur ce mix des producteurs davantage dans l'air du temps (Caribou, Floating Points ou Burial et son gigantesque "Street Halo") ainsi que quelques vignettes house (notamment par l'entremise du maître Ricardo Villalobos), mais c'est surtout les formes d'un agréable voyage dans le temps qu'épouse ce mix pour la Fabric, plein à craquer de nostalgie et de bonnes vibrations. Et il joint alors l'utile à l'agréable en permettant à Kieran Hebden d'y étaler avec son habituelle classe une culture musicale sans faille tout en rendant un hommage sincère à un genre à qui certains des plus grands DJ's actuels doivent énormément.

Forcément, comment ne pas voir dans une telle posture une certaine forme d'humilité, qui honore un type dont on parlera encore pendant de nombreuses années ? Et dont ce mix pour la Fabric ne viendra certainement pas faire tache dans une discographie qui force le respect. Respect, en voilà un mot parfait pour boucler cette chronique.

Le goût des autres :
8 Thibaut 8 Bastien