Dune (OST)

Hans Zimmer

Watertower Music  |  2021
4 / 10
par Émile  |  le 4 octobre 2021

Difficile de dire à quel point cette fascination est culturelle, mais il y a peu de paysages aussi saisissants que celui du désert : le roulement du sable sur lui-même ou l’amoncellement des dunes par le vent forment autant de lignes musicales qui subjuguent un esprit humain déjà mis en pièce par le spectacle visuel qui se tient devant lui. Aussi, le désert n’est pas une figure absente de l’histoire de la musique : des scènes bibliques de Bach fils jusqu’aux pièces contemporaines de Varèse et de Reich, impossible de ne pas entendre la dune.

Quand on a appris la nouvelle adaptation du livre de Frank Herbert, la question de la bande originale a vite été au centre de la discussion : qui saura rendre le détail d’un univers dont le son est pour l’instant surtout celui de pages qui se tournent ? L’attente sera courte, et Denis Villeneuve et la production choisiront Hans Zimmer, déjà présent sur Blade Runner 2049 après l’étrange éviction de Jóhann Jóhannsson. Sur Blade Runner 2049, Zimmer posait de l’épique sur de l’épique, des grandes prises orchestrales sur de grandes prises de vues. Cela fonctionnait à merveille, mais on n'était pas pour autant dans la subtilité.

On a envie de dire qu’avec Dune, le problème est démultiplié. Autant la suite cinématographique de l’adaptation du livre de Philip K. Dick Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? est une tentative louable de combler les trous du texte et d’une fanbase morte de faim, autant l’univers de Dune est déjà de base très riche. Aussi, la facilité de l’épique version Zimmer ne vient-elle pas donner son soutien à l’image, mais plutôt la redoubler un peu grossièrement en permanence. On sait qu’on chipote, mais prenons l’exemple de la scène dans laquelle la famille du duc vient en aide à une moissonneuse en proie au ver des sables. Le montage est tournoyant, la tension absolument insoutenable, et la musique vient littéralement forcer le rythme cardiaque du spectateur, le mettant à la place d’un tout petit Chalamet devant un insecte post-apocalyptique. L’association fonctionnerait parfaitement si le déroulement du film ne faisait pas de cette atmosphère musicale celle qui revient le plus fréquemment, laissant au premier plan sonore d’un film déjà très peu contemplatif des timbales, des basses terrifiantes et encore des timbales.

C’est ce qui est le plus dommageable, c’est qu’à l’écoute de la bande originale hors de la salle obscure, on comprend à quel point il y avait de l’idée - on pense par exemple à « Dream of Arrakis » ou « Sandstorm ». Dès que Hans Zimmer choisit un traitement non-mélodique, l’univers en ressort grandi, et on ne s’en aperçoit même pas pendant le film – ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour une bande originale. Mais dès que papa Zimmou réveille la cavalerie, on est sur du banale, voire pire. Pire, parce que non seulement la plupart des morceaux reprennent le même thème, appauvrissant les personnages et certains lieux d’une mélodie propre, mais le structure est affreusement clichée. « Hé, vous aviez capté que le sable... ça fait penser à... l’Orient ? On pourrait mettre des clarinettes qui jouent en mode phrygien, non ? Comme ça les gens feraient le lien entre le sable du film et le sable du Sahara. » Honnêtement, on doute que la réflexion qui a mené aux choix mélodiques ait vraiment été plus fine que celle-ci. 

Dans un film avec autant d’action par rapport au livre, on aurait eu besoin d’une musique qui installe la planète d’Arrakis, les Fremen et tout l’univers dans un système culturel cohérent. Il est agaçant de voir un aussi bon film, tiré d’un aussi bon livre, rendu un tout petit peu moins subtil et intelligent qu’il aurait pu l’être parce que la production – et probablement Villeneuve lui-même – a préféré opter pour Hans Zimmer parce qu’il fait vendre et que, globalement, le type propose toujours un travail très propre. Alors autant parfois on dira que Zimmer est simplement un peu surcôté, autant ici on a envie de dire qu'il fait presque du mal au film.

Le goût des autres :