DREAMCRUSH
MØL
Dans un monde où existe Deafheaven, a-t-on besoin de MØL ? La question peut sembler abrupte mais les Américains ont pris tant de place sur la scène blackgaze qu’à côté d’eux, les autres font systématiquement figure d’outsiders ou de petits frères. Et si ceux-ci se sont peut-être frotté les mains lors de la sortie du très dreampop et très clivant Infinite Granite (un four commercial au passage), ils ont bien dû ravaler leur joie l’an dernier à la sortie de l'énorme Lonely People With Power. Parce qu’outre le fait d’avoir été l’un de nos albums de l’année 2025, il s’est également (re)positionné comme l’un des baromètres du genre. De quoi confirmer que quand ces types y mettent les formes, la concurrence est à la traine. Et ce qui est triste dans toute cette histoire, du moins pour les groupes qui tentent d’accrocher le wagon, c’est que même si l’inventivité et le talent sont au rendez-vous, le résultat est souvent un cran en-dessous.
Le cas de MØL est d’ailleurs intéressant à plus d’un titre. Car concrètement, d’un point de vue de l'exécution et de la composition, on n’a pas grand-chose à dire sur ces Danois qui débarquaient en 2018 avec un premier album, Jord, pour le moins convaincant mais suivi trois ans plus tard par Diorama qui, lui, nous en touchait une sans véritablement faire bouger l'autre. Alors quid de DREAMCRUSH ?
Si quelques (belles) saillies blackgaze ou post black sont encore disséminées çà et là, on se doit de constater que ce n’est plus le fond de commerce du groupe et que si on peut encore se permettre quelques comparaisons avec Deafheaven ou Harakiri For The Sky, elles se mélangeront avec des références à Killswitch Engage pour le côté metalcore d'un titre comme « CRUSH », Mogwai pour les envolées postrock mélodiques, voire Alice In Chains dans certaines séquences plus apaisées et acoustiques. Bref un album qui brasse très (trop ?) large au niveau des styles, qui en fait une pièce maîtresse pour remplir un cahier de charges mais qui, à l’opposé, se perd parfois dans une variété qui ici est autant une force qu’une faiblesse. Exit le chant black omniprésent, ça pousse parfois dans les voix claires un peu niaises comme sur « Garland », morceau à l’approche mélancolique tellement sirupeuse qu’elle en deviendrait malaisante, mais qui rassure l’auditeur avec un riff à la puissance mélodique qui rappelle l’époque pas trop dégueulasse d’un bon In Flames.
Mais avec un tel melting pot de genres sur un seul disque et des titres plus formatés single sur leur durée, on a du mal à éluder le fait que DREAMCRUSH aura été pensé pour toucher un plus large public et pour rameuter davantage de buveurs de IPA que de gars en cuir sale qui prennent leur pied sur du Mayhem. Un album qui opte pour l’efficacité au détriment de la personnalité et laisse une impression mitigée malgré ses qualités intrinsèques ou peut-être un choix assumé de la part de MØL pour éviter le terrain laissé en friche par un certain groupe auquel on a peut-être déjà trop fait référence dans cette chronique.