Deeper

The Soft Moon

Captures Tracks  |  2015
8 / 10
par Michael  |  le 31 mars 2015

Cette chronique sera pour votre serviteur l’occasion de faire amende honorable. Il arrive de se méprendre sur un groupe, de se tromper sur ses intentions. En somme de ne pas le comprendre et accessoirement de le mépriser. Ce fut mon cas avec The Soft Moon pendant quelques temps, et dont le point d’orgue fut un concert -à mon sens- insupportable en fin de nuit à la Route du Rock 2012. J’ai pris Luis Vasquez pour un beau corbeau nécrophage, un insupportable poseur tout juste bon à enculer les cadavres putréfiés de la cold wave et à monter un projet dont l’expression scénique représentait un acte d’un mauvais goût et d’une outrance difficilement supportable. J’avais tort.

Je l’ai compris en me décidant dans une de ces impulsions masochistes dont on évitera de faire l’analyse ici à écouter sérieusement le premier album du groupe. Certes la musique de Vasquez est ultra référencée dans le son, dans ses textures, dans son interprétation. Il serait pourtant dommage de s’arrêter ici. The Soft Moon n’est pas juste une machine prête à te vriller les tympans à coups de claviers dégueulasses, de guitares chorusées et de drum pads pétés de reverb. Il suffira d’écouter par exemple « When It’s Over » pour comprendre que le groupe est capable de bien plus de finesse et qu’il y a pas mal de choses à trouver sous la crasse et le bruit. Un sentiment récurrent de claustrophobie, d’aliénation, mais aussi de recherche d’une certaine pureté à travers une exigence sonore presque physique. On est dans une démarche qui ne cherche pas tant à émouvoir qu'à éprouver. Une hypnose basée sur la violence et l’engourdissement, une altération des sens. De fait, et on y revient : une musique qui nécessite certainement pour être correctement appréhendée une subtile dose de masochisme.

La principale critique que l’on retrouve ici ou là faite au groupe est celle de la stagnation. Pourtant, et c’est tout le mérite de Vasquez, c’est d’avoir su imposer une patte désormais reconnaissable à une musique ô combien éculée. Et en s’y penchant de plus près, on trouve une réelle évolution entre un premier effort plutôt sensible, un deuxième très froid et replié sur lui-même et un troisième, encore une fois différent. Deeper décolle ainsi du post punk et de l’indus des débuts pour aller chercher vers une approche de la modernité synthétique et du traitement sonore que ne renierait pas Trent Reznor, dont l’ombre semble planer sur une bonne partie du disque (« Without » ou surtout « Black » sont en ce sens particulièrement troublants). Les deux leaders semblant partager la même obsession pour le souffle exhalé par les machines, et toutes les possibilités que la technologie peut insuffler comme éventail de possibles en terme d’impact et de ressenti physique, émotionnel. Une fascination pleine de sous-entendus animée par une grosse relation attraction-répulsion pour une thématique toujours aussi contemporaine.

Deeper est ainsi paradoxal au titre qu’il se trouve être l’album le plus extrême et jusqu’au-boutiste mais également le plus accessible du groupe. Un album dans lequel on retrouve les thématiques récurrentes développées par Vasquez dans ses premières saillies discographiques, mais développées avec encore plus de violence, mais aussi plus de variété dans le déferlement sonique et surtout, et c’est ce qui saute tout de suite aux oreilles, plus de chant. Un disque plus facilement appréhendable mais aussi avec plus de coffre et une production dense mais limpide signée Maurizio Baggio. Un bon moyen de rentrer dans une discographie encore courte mais tout de même assez exigeante. Pour un effet optimal, à écouter après un bon giallo circa 1977-1985.