Catharsis

Somaticae

In Paradisum  |  2013
8 / 10
par Simon  |  le 13 août 2013

Quel bonheur d’avoir aujourd’hui devant soi l’objet dont attendait tant. Le premier album de Somaticae, soit l’un des producteurs français les plus versatiles, les plus complets et les plus intriguants de ces dernières années. Des premiers disques electronica extrêmement « autechriens », des compositions coldwave/noise ou un amour de la scène italo et J-pop, Amédée De Murcia a toujours été un homme d’obsessions. Un homme qui passe son temps à s’intéresser, à digger, à inscrire des codes en lui pour les assimiler et les ressortir version géant. D’ailleurs, même les patrons d’In Paradisum (qui ne sont jamais que ses bons potes) semblaient étonnés de la rapidité avec laquelle le Français a balancé ce premier disque sorti de nulle part. Un amas de dix titres techno, noise et dark-ambient qui va prendre tout le monde de court.

Evidemment, il s’agit là d’une aubaine magnifique pour In Paradisum d’asseoir encore un peu plus son statut d’outsider au sein d’une scène techno/indus où la structure joue de plus en plus les premiers rôles. Parce que Catharsis est un disque virulent, qui ne calcule rien, qui envoie tout à l’instinct et à la puissance. Une œuvre spontanée, faite par un mec qui domine la machine sous improvisation, qui tourne ses potards à l’envi pour autant que ça gueule, que les fondations tremblent. Un disque qui possède des qualités aujourd’hui devenues rares : un mélange équilibré d’instinct, de technologie et de semi-improvisation. Une masse bouillante et sinueuse qui trace son sillon dans des kicks extrêmement lourds, dans des voix d’outre-tombe et dans des drones brûlants. Il est donc logique que la physique du son impressionne, là où sa dimension mentale semble pouvoir prolonger le trip et la profondeur du voyage à l’infini. Là aussi il est question d’équilibre fragile, de dosage implicite. Parti sur une base semi-improvisée, c’est le corps qui réagit face à la machine, la composition qui change selon la saturation de son géniteur. Dans ce disque, c’est l’homme, central, qui donne le ton et influe sans filtre sur l’outil. On n’est pas ici dans un disque de producteur, de mecs qui dessinent des trucs sur l’écran d’un laptop. C’est bien plus sportif que ça, ça se compose débout, les bras à l’air, dans un rapport homme/machine qui prend tout son sens. Et ici c’est bien l’homme qui gagne, qui imprime sa déviance sur le matériau, qui le torture et non l’inverse.

Un disque misanthrope, entre techno, noise et black metal, qui se joue la nuit quand les apprentis clubbers sont déjà fatigués. Un disque fort, têtu et immédiat. Un truc qui ne pouvait être écrit que dans l’urgence, la fureur de composition, les débordements du fond sur la forme. L’œuvre d’un mec qui ne mesure pas vraiment l’étendue de son talent, et qui continuera sans doute de pérégriner dans les recoins d’un cerveau humain illimité, noir et torturé pour nous en sortir des œuvres vivifiantes et  transcendantales comme peut l’être ce Catharsis. Un must.

Le goût des autres :