Lucas Hercberg et Antoine Mermet sont la moitié de CHROMB!, un quatuor lyonnais qui opère depuis dix ans à explorer tout ce qu'il y a de plus progressif et d'innovant dans l'écurie Dur & Doux. Dans la sélection qu'ils nous proposent après la sortie de leur très bon Le Livre des Merveilles, il y a des choses qui expliquent l'origine de leur musique, et puis il y a des choses qu'ils avaient simplement envie de nous faire découvrir.

Wolf Eyes

Burn Your House Down

Je crois que ces mecs-là veulent brûler ta maison. Ou alors ils veulent que tu le fasses toi-même; je ne sais pas, c'est pas hyper clair. Mais aussi, c'est tellement sale ce qu'ils font. Ça commence comme du dancefloor du futur, à supposer que dans le futur, le beat sera plus ou moins accessoire et abstrait. Et puis après, c'est des grosses déferlantes de distorsions, et ce type qui te hurle de brûler ta maison, et son pote à la guitare qui ne connaît même pas toutes les notes de musique. T'as déjà un peu envie de partir. Et puis l'autre il continue de hurler alors qu'il a même pas éteint ses machines de l'enfer. On y comprend rien.

Primus

Is It Luck ?

Les Pixies veulent savoir où est leur esprit, Tina Turner se demande ce que l'amour à avoir avec ça, les Jacksons s'inquiètent de savoir si tu peux le sentir, Offspring te ponce pour connaître les raisons qui font que tu ne trouves pas de boulot, David et Jonathan qui s'inquiètent de savoir si tu viendras pour les vacances, Primus voudrait savoir si c'est la chance qui fait des miracles dans le domaine des chaussettes, du polyester, de la sudation, et d'autres trucs.

Brigitte Fontaine

Cet enfant que je t’avais fait

Cette chanson raconte une histoire bouleversante et tellement étrange. On y croit pas, on a peur, ça fait des frissons et les arrangements sont si simples et si beaux qu'on se demande si on a vraiment compris ce qu'il fallait comprendre. Alors on la remet au début et on réécoute. Et comme souvent chez Brigitte Fontaine, ce qui est génial c'est tout ce qui n'est pas dit. Tout ce qu'on doit inventer nous même. La classe.

Mazalda

Footix

La plupart de tes rêves, tu les as oubliés, mais celui-là, non : ce jour-là au stade, c'est le grand concours de roulade-avant, où il faut rouler et surtout se relever sans les mains devant tout le monde. Dans les tribunes, le public (qui est en fait un immense buffet froid avec des aspics colorés et des pains surprises avec des t-shirts) scande des slogans que tu ne comprends pas. Ca fait des semaines que tu t'entraînes sans parvenir à te relever, et là, tu as grave la pression, surtout quand tu aperçois que Thierry Beccaro est là, il te regarde depuis son petit strapontin, tu le reconnais alors qu'il a l'apparence d'une saucisse cocktail)-. C'est à toi d'y aller, tu vas pas y arriver c'est sûr, mais coup de sifflet, tu t'élances, tu fais ta roulade avant, et là, INCROYABLE, tu te relèves sans les mains. Tu as réussi, le public scande ton nom (tu t'appelles Milippe), une pluie de pétales purpurins tombe du ciel, et les enceintes du stade diffusent un morceau de musique sublime pour fêter ta victoire... Ce morceau, c'est la raison de ton obsession : depuis, tu essaies de refaire ce rêve chaque nuit, juste pour le réentendre une fois, sans y parvenir. Heureusement, le groupe de musique CHROMB! te le livre ici et maintenant. Ce n'est pas un rêve, alors appuie sur play autant de fois que tu veux.

Meshuggah

Stengah

Ah oui, Meshuggah, c'est fascinant et ça fait peur. Ça commence par ce riff de guitare incompréhensible, glacial et tranchant, tu sais même pas si c'est des humains qui jouent. Et après, ça s'arrête jamais. La cymbale ne te laisse jamais tranquille. Oui parce qu'en fait, ça groove terriblement. C'est même carrément dansant. Là où je préfère écouter Meshuggah c'est dans un lieu publique, de préférence bondé, le casque sur les oreilles, le plus fort possible. Et bizarrement, quand j'enlève mon casque, je trouve tout le monde hyper sympa.

Mohamed Rouicha

Ah ya lhbib

On enregistrait notre premier album en 2011, et l'autoradio de la voiture n'éjectait que très difficilement (voire bloquait à presque tout jamais) les disques qu'on insérait dedans. On a donc écouté sur tous les trajets qui menaient du studio au logis un super beau disque de Mohamed Rouicha qui commence par ce morceau. Et puis un matin on a réussi à éjecter le disque, et un peu bêtement, on l'a remplacé par le CD 2 titres du duo de Doc Gyneco et Bernard Tapie «C'est beau la vie». C'était moins bien, le morceau est vraiment pas terrible, malgré le solo de violon de Didier Lockwood à la fin.

Caetano Veloso

Atrás Do Trio Elétrico

Alors pour celui-ci, il y a une danse toute indiquée. Les bras sont bien tendus, les coudes ne se plient jamais. Les poignets, eux sont très mobiles et font des petits cercles, dans le même sens, ou pas, c'est à vous de décider. On fléchit une jambe tandis que le talon de l'autre tapote le sol en trois endroits différents. Après un petit saut qui ramène les jambes bien serrées, on fléchit l'autre jambe et c'est la première qui tapote le sol trois fois. Pendant ce temps, les bras sont toujours bien tendus et se balancent assez vigoureusement. Soudain coup, c'est le break. Un genou à terre, les bras levés, les index pointés vers le ciel, la tête qui fait des petits cercles qui s'élargissent progressivement. Tout en continuant ce mouvement, on transforme progressivement cette position en fente avant. On baisse brusquement les bras, on hausse les épaules, et on repart à zéro. Tout l'album est un chef d'œuvre, jetez vous dessus.

Olivier Messiaen

Oraison (Ou l’Eau)

Quand on va voir le feu d'artifice pour la fête de la Franse, il est rare que la musique nous file la chair de poule (à part une fois quand le président de la république il avait fait un solo de jazz pendant le défilé pour remercier la guerre). Ce morceau d'Olivier Messiaen s'appelle soit Oraison, soit L'Eau, et il est extrait d'un chef d'oeuvre pour six Ondes Martenot qui s'appelle La Fête des Belles Eaux. Il a composé ça pour accompagner le feu d'artifice de l'Exposition Universelle de 1937, mais ça ressemble surtout au bruit que fait la beauté pure quand elle se frotte contre elle-même. Quatre années plus tard, Messiaen fait une transcription d'Oraison pour violoncelle et piano, et l'intègre à son Quatuor pour la Fin des Temps (le mouvement s'y appelle Louange à l'Eternité de Jesus). Messiaen, c'est un génie, il faut absolument écouter son œuvre, même si elle est souvent flippante et écrasante.

Ween

Push Th’Littles Daisies

Ah bah voilà ! Ça c'est vraiment sympa ! Des accords qui font pas peur, une batterie qui fait toujours pareil, une ligne de basse sympa, une guitare avec un chorus comme dans les vrais morceaux célèbres. Bon, c'est vrai, il y a ce type avec sa voix bizarre. Mais c'est une chanson d'amour, alors c'est sympa quand même. Enfin je crois. Il est visiblement question de faire pointer des tétons, alors, oui, chanson d'amour. Donc sympa. Mais ils ont l'air bêtes quand même.

Smith’N’Hack

For Disco Play Only

Ouais ouais ouais la danse ! Ouais ouais ouais le style ! Ouais ouais ouais sympa ! Ouais ouais ouais allez !