Xerrox, Vol. 4

Alva Noto

NOTON  |  2020
9 / 10
par Côme  |  le 31 juillet 2020

Que fait-on en 5 ans ? Relativement peu vous dira un homme politique, généralement quelques minutes avant d’annoncer sa candidature à sa réélection. Plein de choses pourrait répondre Alva Noto. Dans cet intervalle de temps, Carsten Nicolai a en effet restructuré son label, poursuivi sa saga uni, repris The Cure, collaboré avec Iggy Pop ou encore continué sa collaboration avec Ryuichi Sakamoto. Ajoutez à cela une nomination aux Golden Globes et aux BAFTA pour la B.O. de The Revenant et vous aurez compris : Carsten Nicolai a connu cinq années bien remplies, et ceci avant même la sortie de Xerrox, Vol. 4, qui reste la meilleure nouvelle du lot.

Xerrox est en effet un cycle à part dans sa discographie, passant en trois volumes d’une musique travaillée à l’échelle de la microseconde à une ambient immensément plus chaude, faisant rentrer toujours plus d’énergie et de chaleur dans ses manipulations de structures à mesure que le voyage continuait : "Old World", "To The New World", "Towards Space". Que faire cependant à la suite d’un disque si solaire et incroyablement accessible, que Carsten Nicolai considérait lui-même comme la musique la plus émotionnelle qu’il avait faite ?

À cette question, Xerrox Vol. 4 ne répondra pas. Non, ce disque se contente de pousser jusqu’au bout l’accessibilité nouvelle de cette série, s’éloignant toujours plus de l’aspect aride du premier disque. Pourtant, Xerrox, Vol. 4 n’est pas une redite d’un précédent volume. A l’aspect solaire du volume 3, qui déployait de longs drones spatiaux et semblait toujours en mouvement, il vient opposer un regard plus immédiat, plus organique, comme pour s'intéresser à nouveau à des choses plus immédiates et plus proche des yeux. Xerrox, Vol. 4 est rempli en effet de ces morceaux bien moins extra-terrestres, à l’image d’un "Xerrox Ile" rappelant immédiatement Stars of The Lid ou d’un "Xerrox Sans Retour" aux airs de crises de démence. Un disque qui perd ses aspects les plus cliniques pour se contenter d'observer voire s’émerveiller devant ses créations en somme

Et surtout, on passe notre temps à se demander si l’on n’a pas déjà entendu cela quelque part, si tel note de ce morceau ne provient pas de tel autre sur un des précédents volumes, et à réécouter sans arrêt le reste de cette série. Là est sans aucun doute le plus grand succès de Carsten Nicolai, de proposer sans arrêt quelque chose de si immédiatement familier mais de toujours unique à chaque sortie.

Dans ses Carnets de notes de L’Œuvre au Noir, Marguerite Yourcenar abordait les romanciers utilisant leurs personnages récurrents ad nauseam, sans les modifier une seule fois, évoquant ainsi le cas de Dickens ou dans une certaine mesure Balzac. Car « les très grands ne daignent jamais se resservir sans plus de l’être qu’ils ont créé. Pierre Besoukhov [héros de Guerre et Paix] grandit ou grossit chaque fois qu’il rentre en scène ; il n’est jamais tout à fait le même homme ». Il en est ainsi de ces sons si familiers de Xerrox, certains utilisés j’en suis persuadé depuis le premier disque, et toujours modifiés par Alva Noto mais toujours immédiatement reconnaissables comme étant ses sonorités. Une œuvre absolument essentielle dans le paysage de l’ambient moderne, voire de la musique moderne dans sa volonté de remettre le temps et son passage au centre de la démarche, de refuser l’immédiateté et les dérivatifs. À dans cinq ans Carsten, pour retrouver toujours ces quelques notes et enfin conclure le voyage.