Will The Guns Come Out

Hanni El Khatib

Innovative Leisure  |  2011
8 / 10
par Gwen  |  le 15 décembre 2011

Avec son patronyme à l’exotisme repousse-Guéant, il suffirait d’une seconde d’inattention pour que le garçon s’étale dans le bac World Music. Issu d’une improbable union philippino-palestinienne, le bâtard a pourtant été élevé sous le soleil californien, dans les règles les plus strictes de l’assimilation : parle anglais, mange ton burger, écoute Elvis. Fasciné par le glamour sixties, le petit Hanni s’imagine en héros gominé déployant son peigne de poche avant de chevaucher sauvagement une splendide Américaine (la bagnole et/ou la fille). A défaut de Cadillac vintage, ce sera sur un skateboard qu’il découvrira les joies de la chevelure au vent, raclant les fonds de piscine par temps de canicule. Une dizaine d’années plus tard, il endossera naturellement la fonction de directeur artistique chez un fournisseur pour plancheux. Mais les fantômes du rock’n’roll ont la dent dure et comme la guitare, c’est bien connu, ça démange, il n’a pas pu s’empêcher de gratter.

Hanni a beau jouir d’un statut douillet de designer street wear, l’Amérique qu’il évoque n’étouffe pas sous les paillettes. On y devine des bouteilles dans des sacs en papier, des tatouages à la fourchette, des mecs qui respectent leur femme du plat de la main et des SDF poussant des caddys sur le bas-côté de l’autoroute. Ses cordes métalliques révèlent des virées nocturnes avec une moyenne de 4 grammes dans le sang, des accouplements hâtifs sur un sol humide et des traces de vomi sur la chemise de la veille. La syphilis dans le slip à James Dean. 

Sur le coup, on ne cherche pas à savoir si cet univers cabossé s’inspire d’expériences vécues ou si tout cela repose sur les divagations d’un beatnik à la traîne. Musicalement, on ne peut pas non plus affirmer que le mec a inventé le fil à couper l’eau tiède. Les Black Keys viennent de sortir leur gros camion et leurs six merveilles précédentes avaient déjà pas mal labouré le terrain. Non, El Khatib n’est pas le sauveur du rock… mais il en prend tout de même grand soin. Du garage qui crache ses poumons. Du blues qui t’arrache le coeur. Du folk qui tente de jouer les médiateurs avant de se prendre une méchante latte depuis un coin sombre. De la hargne. Des soupirs. Des wouhou en noir et blanc. Et rouge. 30 minutes plus tard, la centrifugeuse s’immobilise brutalement et, alors que tu tentes encore de discipliner un vieux fond de nausée, le gars t’as déjà emmailloté dans ta couette Oui-Oui et a claqué la porte derrière lui. Il n’en faut pas plus pour te donner des envies de tapage nocturne et de furtives mains aux fesses. Cette nuit, c’est promis, je fais le mur! Mais pas trop tard parce que y a école demain…

Le goût des autres :

note : 77/10Jeff note : 77/10David