Ventura

Anderson .Paak

Aftermath  |  2019
7 / 10
par Aurélien  |  le 14 juin 2019

Après avoir été partout à un point que ça en devenait parfois ridicule, Anderson .Paak a su se recentrer sur sa musique, histoire de ne plus être qu’un simple faire-valoir, mais aussi de prouver qu’il est capable de sortir de bons disques. La suite vous la connaissez : aujourd’hui le Californien remplit des salles et des festivals sur son seul nom, quatre ans seulement après avoir été révélé par Dr. Dre sur le très bon Compton. Et tant pis si Oxnard n’a pas su faire l’unanimité : il y avait au moins une volonté d’offrir un disque ambitieux, loin des univers colorés de Malibu et plus proche de ceux du To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar. Alors pourquoi revenir six mois à peine après la parution d'un disque mal aimé ? Tout simplement parce que les onze titres légers de Ventura n’auraient su exister sur Oxnard, disque au ton plus politique.

Car s’aventurer dans Ventura (vous l’avez ?), c’est accepter d'entendre une ode à la facilité. Pas au sens négatif du terme, non : plutôt dans sa volonté de fluidifier le propos et de faire en sorte que chaque groove agisse à l’unisson dans une seule et même voix – bref, vulgariser pour le commun des mortels. Et ici, ce qui frappe c’est de voir à quel point tout semble à sa place : une ligne de basse G-funk dans un coin, une section de cuivres dans un autre, quelques violons qui se baladent, et au milieu un Anderson .Paak toujours aussi bien accompagné, sans pour autant qu'un invité ne fasse de l’ombre au chef d’orchestre – et ce n'était pas gagné avec André 3000, Brandy ou Pharrell Williams au casting.

En pleine masterclass sur les clés de son succès, Anderson .Paak pète la forme : le bougre retrouve ce feu sacré qui l’avait révélé, jouant sur un maximum de tableaux (soul, pop, rap) avec une déconcertante facilité. Hyperactif, le bonhomme fait feu de tout bois, accompagné d’un groupe qui lui permet de jouer les crooners façon Sam Cooke ("Make it Better"), ou de faire danser les filles sur les prods délicates de l’impeccable Pomo. Disque pour tous les goûts et toute les couleurs, Ventura enchaîne les révérences à Mac Miller, MF Doom ou James Corden, et se montre d'une générosité qu'on ne soupçonnait pas vu sa concision. Au final, il n’y a guère que ce titre très anecdotique avec feu Nate Dogg pour ternir le tableau. Mais franchement, c’est pinailler : Ventura est un très bon disque, et une pommade apaisante qu'on applique sur ce gros bobo qu’est Oxnard. L’été approche et les longs trajets en caisse aussi. Bref, l’occasion n’a jamais été aussi belle de vous rabibocher avec Breezy Lovejoy.

Le goût des autres :