Malibu

Anderson .Paak

Steel Wool  |  2016
9 / 10
par Ruben  |  le 15 janvier 2016

Venice, quartier emblématique de L.A., est devenu au fil du temps un lieu de pèlerinage bien connu des hipsters et autres faunes d’artistes en herbe. Venice, c'est également le titre du debut album de Brandon Paak Anderson dont la réputation se limite alors à la scène underground de la Cité des Anges. Épaulé par Shafiq Husayn du collectif alternatif Sa-Ra, le jeune artiste pond en 2014 un disque abouti qui retranscrit toute la vivacité, l’ambiance, les couleurs et la musicalité de cet environnement urbain si contrasté.

Grâce à un sixième sens encore inconnu de la science actuelle, Dr. Dre repère le chanteur et décide de l’intégrer à son ode dédiée à Compton, un autre quartier (tristement) célèbre. Ainsi, en plein été 2015, plus de 16 ans après sa dernière galette, le mythique médecin du rap-jeu nous prescrit un album à la production impeccable sur lequel Anderson .Paak apparait à 6 reprises. Soudainement, le jeune inconnu se retrouve sous les spotlights : on s’intéresse à son passé - le gars a notamment bossé pour un producteur de marijuana médicinale à Santa Barbara -, on ressort son premier disque du placard et on se demande comment on a pu passer à côté de titres comme « Already », « Drugs » ou « The City ». La machine se met alors en marche et seulement quelques mois après l’épisode Compton, voici que nous parvient son deuxième LP dédié cette fois-ci à une ville faisant partie du comté de L.A., Malibu.

L’agglomération de Malibu est un petit bout de paradis sur terre aux allures de carte postale où le soleil ne cesse jamais de réchauffer un océan Pacifique qui déverse ses vagues et ses coquillages sur des plages de sable fin, où des yachts privés et des amateurs de surf sillonnent l’horizon infini et où l’on peut surprendre une Corvette violette avalant à toute vitesse des kilomètres de Pacific Coast Highway. Tous ces éléments présents sur la couverture de l’album donnent le ton : Anderson .Paak est un enfant de L.A., un artiste made in California à la biographie hollywoodienne qui puise toute son inspiration dans l’environnement luxuriant et bouillonnant qui l’entoure.

Cette richesse se retrouve dans la musicalité de l’album qui comporte des éléments de soul, de funk, de blues des années 50, de rap West Coast, de r'n'b contemporain et même de disco. L’ambiance est incroyable dès l'inaugural « The Bird » et la spontanéité du projet est telle qu’on a l’impression d’écouter du Frank Ocean sur « Heart Don’t Stand A Chance » et qu’on se surprend à confondre « Your Prime » avec un titre de To Pimp A Butterfly. De même, le single « Am I Wrong » aurait très bien pu passer sur Bounce FM, la radio disco/funk de GTA San Andreas idéale pour s’ambiancer quand on roule à contresens sur les autoroutes d’un L.A. virtuel. Porté par son timbre de voix unique et chaleureux, l’album d’Anderson .Paak est un petit chef d'œuvre qui transpose à la perfection la fabuleuse ambiance d’un endroit utopique où tout semble possible. Le travail impeccable des différents producteurs (Fki, Hitboy, DJ Khalil…), le couplet dantesque de Rapsody sur « Without You » et ces putains de lignes de basse qui constituent la colonne vertébrale de l’ensemble font (déjà) de Malibu un incontournable de 2016.

L’unique déception concerne l’intervention de The Game sur « Room In Here » qui, assez étrangement, pompe le flow de Nas et livre une prestation peu intéressante. Mais dès que l’on sent l’intensité du projet faiblir, on se prend une grosse claque dans les instants qui suivent - et c’est bien ce qui fait la valeur ajoutée de Malibu. C’est le cas du (trop) mielleux « Silicon Valley » qui enchaine sur l’incroyable « Celebrate », meilleur son de l’album semblant tout droit sorti de la discographie de Curtis Mayfield. Oui, rien que ça. 

Sans la moindre fausse note, Anderson .Paak nous embarque dans un périple musical au travers de sa ville et on en ressort, 62 minutes plus tard, totalement conquis et avec une seule envie : prendre un aller simple pour L.A., louer une décapotable - de préférence une Corvette violette, évidemment - et parcourir la Cité des Anges sous un coucher de soleil idyllique en poussant Malibu à fond dans les enceintes.

Le goût des autres :