PYJÆN

PYJÆN

DeepMatter  |  2019
8 / 10
par Pierre  |  le 4 novembre 2019

Bien que chaque effet de mode ne soit pas dissociable d’une certaine circonspection, l’actuelle scène jazz en provenance de la capitale des rosbifs ne cesse de légitimer son périmètre cool jour après jour. Car depuis que les projecteurs sont parvenus à percer l’épais fog londonien, ceux-ci ont révélé un prodigieux écosystème dans lequel la musique jazz n’est plus l’apanage de quelques gamins intellos, le monopole d’une élite. Si le jazz souffre toujours (à tort) de son image, celle d’une musique inique, accaparée par Les Héritiers de Bourdieu et donc garde-fou social, l’Angleterre n’a jamais été terre de conservatisme. Et Londres d’envoyer valdinguer une bonne fois pour toutes ces stéréotypes, démocratisant une musique dont la plèbe peut elle aussi entrevoir et savourer les délices.

En 2019, le jazz est donc l’affaire de tous ceux prêts à en démystifier les arcanes. Une ignorance en la matière qui n’empêche pourtant en rien d’apprécier à leur très haute et juste valeur les dernières parutions de formations telles que The Comet Is Coming, Nérija ou encore KOKOROKO ; formations qui, par ailleurs, honorent nos standards franco-belges en matière de consanguinité, tant certaines s’y font lustrer le cuivre tous azimuts. Des hédonistes de la trompette par exemple, comme un Dylan Jones déjà membre du fort fort cool Ezra Collective et dont le pedigree suffit à susciter l’intérêt à l’évocation de sa participation au sein du collectif londonien PYJÆN.

Car si la popularité de PYJÆN n’atteint en rien les cieux tutoyés par ses grands frères/pères/oncles, quelques oracles du cool s’épanchaient déjà sur un groupe dont la maitrise technique était alors louée avant même la parution de leur premier album, auquel revenait la gageure de légitimer la hype circonscrivant sa très chaste communication. Et autant dire que PYJÆN se montre digne de tous ces panégyristes qui évoquent un groupe aux capacités multiples, capable de varier, de s’enrichir, de se métamorphoser et de muer sans cesse, pour fondre l’auditeur dans un disque tourbillonnant où le jazz s’épanouit dans toute sa dialectique et ses vicissitudes : tantôt coké et survitaminé au point de rendre un obèse aveugle (« Nah ») , tantôt lénifiant, moelleux et apaisant (« Steve »), ce premier album des Anglais traduit une implacable sagacité et une belle légitimité à s’inviter souffler quelques notes sur l’Olympe londonien.

Car PYJÆN est un groupe aventureux, naviguant parmi une musique luxuriante et foisonnante, débroussaillant çà et là tels les Bolsonaro jazzmen, giclant quelques grandes saillies orgiaques faites de cuivres et de guitares puis de guitares et de cuivres (« Leading The Times »), ou progressant plus prudemment, tapis dans l’ombre, jusqu’à l’exultation (« Free Your Dreams »). En somme, ce premier album témoigne d’une sacrée lucidité tant technique que mélodique, propice à un éclectisme revendiqué et qui permet alors à PYJÆN de toujours fasciner, de toujours impressionner, sans jamais emmerder, sans jamais intellectualiser outre mesure sa musique. PYJÆN, c’est donc le jazz à la portée du premier connard, à la portée du premier mélomane aussi. Comme quoi, baiser avec sa famille, ça peut avoir du bon.