Prey For The Poor

Add-2

Jamla Records  |  2015
8 / 10
par Ruben  |  le 28 octobre 2015

Il n’est pas facile pour un gars comme Add-2 de se faire une petite place au soleil quand on sort son album la même semaine que des gens comme Travi$ Scott, Scarface et Rick Ross, qui ont derrière eux de puissantes majors aux opérations marketing mieux huilées que le boule à Kim Kardashian en couv' de Paper. En effet, Add-2 ne roule par pour Def Jam ou Universal. Non, il est signé sur Jamla Records, un label indé à des années lumières de la surexposition dont profitent les têtes de gondole du rap jeu. Preuve ultime de l'efficacité de ces machines, on vous parle de Prey For The Poor avec pas mal de retard.

Basé à Chicago, Jamla Records a été fondé par 9th Wonder et abrite notamment Rapsody, récemment acclamée pour son couplet sur “Complexion (A Zulu Love)”, sur le To Pimp A Butterfly de vous-savez-qui. Ces dernières années, le label a oeuvré dans l'ombre, ce qui ne l'a pas empêché de se bâtir une discographie variée et solide à découvrir sur la page officielle du crew - le She Got Game de Rapsody est à ce titre un incontournable. Dernière sortie en date de la structure, le dixième album d’Add-2 n’a pas à rougir face à la concurrence : Prey For The Poor envoie du pâté.

C’est le boss 9th Wonder en personne, accompagné de son acolyte Khrysis, qui assure la majeure partie des productions, et force est de constater qu’Add-2 s’aligne parfaitement sur les différents beats. Le rappeur de Chicago enchaîne les couplets et les punchlines avec une efficacité redoutable. Attention, on est pas ici dans une trap générique comme on en entend un peu partout et jusqu'à l'écoeurement. Non, Prey For The Poor se distingue par ses notes jazzy et sa touche soulful (merci 9th Wonder). Bref, y'a de la couleur, y'a de la vivacité, et y'a aussi plein d'invités qui défilent sur le disque. A ce titre, dans un rap jeu où les MC féminines se font plutôt rares, les deux apparitions de Rapsody apportent de la fraîcheur à un album qui est plaisant à la première écoute puis devient complètement addictif une fois qu’on se décide à le faire tourner en boucle. Et vu la qualité affichée sur la plupart des titres, il ne faut pas se faire prier pour activer la fonction repeat de l'iPod.

Responsable d’une carrière exemplaire qui a débuté en 2005 avec Tale Of Two's City Vol. 1, Add-2 continue à tracer sa voie, quitte à la faire dans une certaine indifférence. Pourtant, sans en faire des caisses, le mec se rapproche du sans-faute avec ce dixième album. Bref, malgré le Rodeo foireux de Travi$ Scott, malgré la réussite inattendue de la nouvelle tape de Rozay et malgré le retour en force de ce vieux briscard de Scarface, s’il y a bien un disque qui méritait votre attention en cette rentrée 2015, c'était Prey For The Poor. Il n'est pas trop tard pour corriger le tir.