Rodeo

Travi$ Scott

Grand Hustle, Epic  |  2015
4 / 10
par Maël  |  le 15 octobre 2015

Trois mots pour résumer cet album: bâclé, impersonnel et incohérent. On est sévère mais on va prendre le temps d'expliquer pourquoi.

D'abord, rappelons-nous qui est Travi$ Scott. Travi$ Scott, c'est Owl Pharaoh, une première mixtape sortie en 2013 et portée par le single "Upper Echelon", gros banger clippé par le rappeur lui-même, sur lequel on retrouve T.I., l'homme qui l'a signé chez Grand Hustle et l'a sorti de l'anonymat. C'est aussi le poulain de Kanye West, avec qui il partage beaucoup de points communs, notamment dans la production. En somme, Travi$ Scott c'est celui qu'on nous vendait comme le next big thing du hip-hop. Sa mixtape suivante, Days Before Rodeo, sortie à l'été 2014, confirmera cette idée. Travi$ Scott n'était plus un rappeur lambda comme on en découvre des dizaines chaque année, mais bien une valeur sûre qui pouvait tout exploser avec un premier album.Quand Rodeo est sorti ce 4 septembre, autant vous dire que la pression était énorme, au moins autant que nos attentes.

Premier morceau : "Pornography". Rien à redire sur ce titre, tout l'univers traviscottien est là : de l'auto-tune, des vocalises étirées qui posent une ambiance glauque, et une production à mi-chemin entre du Kid Cudi (dont Travi$ s'inspire énormément) et du Kanye West période MBDTF. Et surtout, un emcee semble avoir travaillé ce qui était son principal défaut : son absence totale de flow. Le rappeur se permet en effet de poser un couplet en fin de morceau qui se révèle particulièrement bandant. En bref, une excellente mise en bouche. D'ailleurs, si vous écoutez le disque pour la première fois, n'hésitez pas à jouer et rejouer ce titre, parce que ce qui suit est loin d'être d'aussi bonne qualité.

Car si l'on met de côté "Pornography", "Antidote" et "I Can Tell" (et à la rigueur "90210" et "Night Call"), l'ensemble du projet sonne creux. Il manque quelque chose à des morceaux comme "Oh My Dis Side", "Piss On Your Grave" ou "Never Catch Me", comme s'ils étaient restés au stade d'ébauche et que Travi$ Scott avait abandonné la production en cours de route. Idem pour "Wasted" et "Apple Pie", où la flûte (pour l'un) et le piano (pour l'autre) constitueraient une bonne trame mais où tout le reste est décevant. 

D'autres morceaux sont quant à eux complètement ratés. "Maria I'm Drunk" en est le meilleur exemple. Le texte (un éloge de la weed, de l'alcool et de la codéine) est très pauvre (comme souvent chez Travi$). L'instru, censée retraduire ce sentiment étrange proche de la mélancolie qui suit souvent les soirées où l'on a un peu abusé de la bouteille et de la cigarette aromatique, est une bouillie informe et vite indigeste qui transpire la flemme et la suffisance. Et que dire de la cohabitation improbable Young Thug - Justin Bieber? Une tentative d'imiter Kanye West quand il réunissait Bon Iver et Chief Keef sur "Hold My Liquor"? Mais une tentative incroyablement foireuse alors. Le plus inquiétant est que, en plus de cet échec musical, la réputation de Travi$ Scott commence elle aussi à être remise en question. Des articles s'en prennent directement à sa personne, sur le marketing douteux qui entoure la figurine à son effigie, sur ses performances médiocres ou sur des supposés vols de productions

Bref, Rodeo est une grosse déception. Après des mois passés à se faire désirer à coups de singles annonciateurs de quelque chose, de reports (le projet devait initialement sortir en début d'année), d'articles élogieux dans la presse américaine et d'autopromo sur Twitter, on se sent un peu dupé. Bien sûr il y a des moments de bravoure, mais aucun titre ne porte vraiment le projet. Pas de "Upper Echelon" ou de "Quintana", pas de "Mamacita" ou de "Skyfall". Et un sentiment de grosse fatigue chez Jacques Webster. Pour un mec arrivé il y a trois ans à peine dans le rap jeu, ce n'est pas très rassurant...

Le goût des autres :