Please Excuse Me For Being Antisocial

Roddy Ricch

Atlantic Records  |  2019
6 / 10
par Ruben  |  le 20 janvier 2020

En décembre dernier, Please Excuse Me For Being Antisocial de Roddy Ricch devenait le 207ème LP de l’histoire du rap américain à atteindre le sommet des charts. Un évènement tout ce qu'il y a de plus normal pour un genre qui écrase actuellement la concurrence, mais une vraie gageure pour Rodrick Karl Moore Jr. quand on sait qu’il y a à peine douze mois, il était encore un parfait inconnu aux yeux du grand public.

En effet, la percée du jeune rappeur californien est exemplaire et synonyme de boner alert pour tous ces MCs qui tentent tant bien que mal d'exister : son premier single à faire parler de lui est « Die Young », on est alors en juillet 2018 et la hype qui en découle est totalement inattendue. Mais l'industrie de l'entertainment se fiche des causes de l'emballement, et ne pense qu'au joli citron à presser. Ce succès lui ouvre alors la porte des plus prestigieux studios d’enregistrement, dont celui de DJ Mustard avec qui il concoctera le tube « Ballin ». Les plans de carrière de ce genre d'artistes étant plus prévisibles qu'un scénario de rom com, la suite logique consiste alors à préparer le terrain du premier album studio, ce qui sera chose faite avec le single « Start Wit Me » qui affolera les compteurs à l’été 2019. 

Le marché du rap américain est certes saturé, pour autant, ces dernières années, certains nouveaux venus ont réussi à se distinguer : Lil Pump a conquis des parts de marché avec des ad-libs mongolo, Gunna s’est imposé grâce à son flow saccadé, tandis que 21 Savage s’est distingué par son timbre de voix nasal. Roddy Ricch n’a aucune de ses particularités. Le flow est efficace certes, mais aussi tout à fait banal, et la manière dont il envisage le rap est fort peu innovante – on ne demande pas au moindre rookie de nous pondre son To Pimp A Butterfly mais il y a chez Roddy Ricch une absence totale d'originalité. C'est simple, si on vous proposait un blind test avec les seize titres de PEMFBA, vous penseriez entendre Young Thug, Future, Lil Baby ou encore A Boogie Wit Da Hoodie. Le rappeur originaire de Compton n’est-il qu’un vulgaire clone ? La réponse est non. Atteindre le niveau des artistes cités précédemment est déjà un exploit en soi et, en creusant un peu, on tombe sur de vraies pépites comme l’introspectif « War Baby » ou l’énorme claque (et futur hit) « Peta » en compagnie de la crapule Meek Mill.

Pris dans sa totalité, PEMFBA plane effectivement au-dessus de la masse des disques moyens que dégueule le rap US à longueur d'année, notamment en termes de production et de textes ; cependant, les fulgurances de Roddy Ricch sont trop rares pour nous convaincre sur la durée. Oui, le disque s’est classé numéro 1, oui son interprète est probablement l'une des nouvelles étoiles du rap américain ; pour autant ce premier projet ne dégage pas la même fraicheur, ni la même grandeur que des debut albums aussi importants comme good kid m.A.A.d city, 1017 Thug ou la série des Dirty Sprite, ressemblant du coup davantage à une jolie carte de visite qu'à un album qui souhaite faire avancer le schmilblick. Du coup, Roddy Ricch va devoir sérieusement hausser son niveau de jeu pour éviter de voir sa carrière emprunter la même trajectoire que celle de ces nombreux rappeurs devenus quelconques au fil des années. L'espoir est encore permis car le gars semble bien entouré et son talent est indéniable ; cependant, la suite de PEMFBA devra pointer le curseur sur l’innovation plutôt que sur l’imitation sans quoi Roddy Ricch finira sa course sur le banc de touche aux côtés de Wale, Big Sean, ou Logic.