1017 Thug

Yung Thug

Brick Squad Monopoly  |  2013
9 / 10
par Simon  |  le 11 octobre 2013

On voudrait, ne serait-ce qu’une fois, confronter Grandmaster Flash à Yung Thug. Histoire de voir ce que ces mecs on à se raconter, façon Coffee & Cigarettes, sur un hip-hop qui n’a plus grand-chose en commun à deux époques déterminées. Si on ne préjuge pas du discours du papy, on est carrément sûr que celui de Yung Thug sera ouvertement carbonisé, obnubilé par les putes et le bling. Bienvenue dans la jungle des mixtapes, des gamins qui font plus de blé en un contrat que toi sur toute ta vie, du règne de Datpiff et des productions génériques. On est définitivement dans un autre sport. Dans cette vitrine des millionnaires en devenir, le Yung Thug (qu'on écrit un peu partout Young Thug) a clairement pris une belle place sous le néon rose. Premièrement parce que ses parrains – Gucci Mane et Waka Flocka Flame - font partie des plus gros vendeurs de disques du continent. Deuxièmement parce que le rookie de l’équipe Brick Squad Monopoly est l’un des emcees les plus atypiques et déglingués de la bling music actuelle.

C’est bien connu, dans ce joyeux bordel qu’est le monde de la mixtape, t’as intérêt à avoir un fameux signe distinctif à faire valoir pour éviter de te retrouver au niveau des Lil Prout (pour connaître ton nom de rappeur, choisis entre Young ou Lil et rajoute un mot au hasard juste derrière). Et Yung Thug, ben c’est sa voix. Un truc carbonisé au possible, qui oscille entre le plus expérimental de Lil Wayne sous autotune, Danny Brown et Future. Une machine à faire n’importe quoi sous vocoder, un truc qui chante sous hélium et qui punche salement sur les phases claires. Yung Thug c’est un univers de branleur riche qui marche à plein tube, entre le coup de pot inespéré et l’univers thug intestable. Un truc informe, multidirectionnel et qui tient debout par les fils de soie que le ricain possède dans la voix et qui forme un canevas finalement large et cohérent. Après, il faut aimer les conneries au kilomètres (craquage de l’année sur le très Swaggman « 2 Cups Stuffed », où Yung Thug gueule sans cesse pour plus de sizzurp), l’argent qui dégouline des murs, et la fascination pour les biatch (« I introduce the girls to my anaconda », sur le terrifique « Jungle »).

L’univers est monstrueux, totalement singulier et génial de charisme (il nous fait d’ailleurs penser à Lil B pour l’assurance sans faille dont il fait preuve), et niveau production, le Yung Thug n’a pas besoin d’un coup de latte intégral de Lex Luger (et plus généralement de la team 808 Mafia) pour tuer la mixtape. Au mieux, il s’entourera de quelques copains de label (Gucci Mane ou encore le génial Young Scooter) , des mecs blindés qui comprennent son trip de drogué jusque dans l’os. En attendant l’album sur Brick Squad, le deal avec une grosse major de la place et une vie en mode GTA monégasque. Mine de rien, le mec vient de mettre à genoux le game en seulement vingt titres. C’est qui déjà Grandmaster Flash ?