Dirty Sprite 2

Future

Freebandz Entertainment  |  2015
9 / 10
par Aurélien  |  le 1 août 2015

Souvenez-vous, c'était en août 2014: la relation tumultueuse entre Future et Ciara passionnait les foules. Une rupture, un bébé de trois mois dans les pattes, des rumeurs d'adultère: le cocktail était idéal pour détourner l'attention des masses du second album de l'ATLien destiné à devenir popstar.

Et ça n'a pas loupé: Nayvadius Wilburn a essuyé avec Honest son premier échec commercial, est devenu le bâtard de service de ses dames, et même Beyoncé lui a piqué son diamant brut "Good Morning" pour en faire un tube. Toujours aussi proche du soleil, mais plus que jamais condamné à le contempler. Mais c'était sans compter sur un retour fracassant.

Si Dirty Sprite 2 est une énième sortie-surprise à mettre à l'actif du rap US, il est avant tout l'aboutissement de six mois d'une actualité guerrière passée à faire la pluie et le beau temps en compagnie des hitmakers Metro Boomin, Zaytoven et Southside. En trois mixtapes (Monster, Beast Mode et 56 Nights), le MC s'est baladé dans trois univers à la complémentarité exemplaire, perfectionnant son art de manière toujours plus visionnaire et créative.

Trois états de grâce qui incarnent à merveille ce stakhanovisme maladif qui l'a conduit à ne plus faire de distinction nette entre mixtapes et albums. Joli calcul: son avance sur le reste du rap jeu est désormais considérable, et Future parvient à fédérer des publics que tout oppose - les bouffeurs de mixtapes et les consommateurs de rap grand public. S'il n'est pas popstar, il est par contre auréolé d'un statut de monstre sacré d'Atlanta qui risque de le suivre quelques années encore.

Épatant de spontanéité, le Future de Dirty Sprite 2 n'est plus l'homme à refrains qui fantasmait sur des cosmonautes sexy ou qui canardait à foison. On parlerait ici volontiers d'un prédateur félin, plus insaisissable que jamais avec son flow qui rebondit entre les arbres de la jungle équatoriale. Jamais Future n'avait fait preuve d'autant de flamboyance sur la longueur d'un projet. Il se montre aussi pertinent lorsqu'il s'agit d'en placer une pour A$AP Yams que pour piner de la groupie au kilomètre.

Pas besoin de featurings pour vendre un album qui en a autant dans le futal. Il n'y a qu'à voir comme Dirty Sprite 2 aligne les trophées, en se présentant comme le plus parfait anti-Honest. Bref, l'unanimité critique qui salue cette troisième sortie de 2015 est mille fois méritée.

Le goût des autres :