Pink Season

Pink Guy

Pink Records  |  2017
3 / 10
par Ruben  |  le 11 janvier 2017

Quand l’Homme du 21ème siècle s’ennuie, il surfe sur internet sans but précis. Que ce soit pour mater des vidéos de chatons tout mignons, espionner sa gow sur facebook ou prendre connaissance des dernières actualités sur GMD, chacun d’entre nous passe des heures à scroller des timelines constamment gavées en contenus plus ou moins pertinents. On n’y peut rien, c’est comme ça, la recherche constante de distraction est plus forte que nous. Sauf qu’internet est également un endroit dangereux, où il est vraiment possible de se perdre et de tomber sur des monstruosités comme Pink Guy.

Ce personnage, interprété par le YouTubeur George Miller, est avant tout connu pour avoir été un des instigateurs du terrible Harlem Shake. Sur sa chaine FilthyFrankTV (un condensé de conneries honnêtement difficile à cerner), Miller incarne également d’autres créatures dérangées comme Salamander Man ou Chin Chin, des capsules qui accumulent des millions de vues grâce à des gags d’une profonde débilité - attention, on parle ici du pire du pire de Youtube. Chaque personnage a des caractéristiques bien précises : par exemple, Salamander Man « is seemingly a deviant homosexual despite showing interest in black ass. He was born from the nipples of Pink Guy ». Pink Guy, quant à lui, est soi-disant le rappeur de la bande. Et il sort aujourd’hui son deuxième album.

Pink Season s’ouvre sur « Hot Nickel Ball On A Pussy » qui ressemble à une bonus track bâclée d’un album oublié des Ying Yang Twins. Inécoutable. La deuxième piste “Are You Serious” est du même calibre. Sur la troisième piste « White Is Right », Pink Guy proclame: “If you think about it, Hitler did nothing wrong/He was really just trying to keep the race nice and strong/Cause white is right and white is good/Keep those n*ggers back in the hood.” Puis, sur « Nickelodeon Girls », le youtubeur implore le controversé producteur de sitcoms Dan Schneider « to bring all my Nickelodeon bitches back ». Pink Guy est mécontent du faible potentiel de l’actuel casting de la célèbre chaîne pour ados et regrette la bonne époque des Amanda Bynes, Hillary Duff, Ariana Grande, Emily Ratajkowski et Jessica Alba, toutes passées par des sitcoms Nickelodeon, et qui ont fait rêvasser tous les ados pré-pubères des années 2000.

Alors qu’on soit clairs : quand un gars habillé d’un lycra rose nous balance une chiée de conneries comme ci-dessus, on est évidemment très loin de le prendre au sérieux. En effet, ce ne sont pas les propos provocateurs, racistes, sexistes, antisémites et homophobes de Pink Guy qui dérangent car, au fond, on comprend bien que le gars cherche à buzzer en criant les choses les plus absurdes et socialement inacceptables qu’il soit – tel Ken Kaniff, l’alter-ego complètement cinglé d’Eminem, qui a délivré un bon nombre d’interludes assez mythiques. Non, ce qui est réellement embêtant c’est que le monde délirant et parodique de Pink Guy devient rapidement lassant.

On pouvait adhérer aux clips hilarants des Lonely Island, à l’approche originale de Lil Dicky ou au « fanny-pack » de Rich Chigga mais cette deuxième incursion de Pink Guy dans le 'comedy rap' se limite finalement à un enchainement inintéressant d’insultes profondément vulgaires et totalement injustifiées. « Mais justement, c’est exactement ça l'univers de Pink Guy ! ». D’accord, sauf que musicalement ça ne suit pas. Pink Season est loin, très loin de proposer une expérience vraiment frappante voire traumatisante - coucou Danny Brown. L'extrême vulgarité ne compense absolument pas la banalité des textes, finalement peu intéressants, et la diarrhée verbale de Pink Guy est à des années lumières de l'efficacité tranchante d'un couplet de Slim Shady, par exemple.

Au final, le peu d’éléments comiques à retenir ("Nickelodeon Girls" et "Club Banger 3000", notamment) sont étouffés par l'incroyable longueur du projet - 35 titres, putain ! – entrainant une inévitable lassitude vis-à-vis de cet humour trash qu’on nous balance sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi. Ainsi, à moins d’être un des 4 millions d'abonnés à FilthyFrankTV (auquel cas vous considérerez peut-être Pink Season comme le Slim Shady LP du 21ème  siècle), il faudra très très rapidement renvoyer ce disque dans les abysses profondes et dangereusement débiles d’internet.