Lost

Brent Faiyaz

Lost Kids / Human Re Sources  |  2018
8 / 10
par Aurélien  |  le 5 décembre 2018

Il y a quelques semaines, on évoquait le cas Mac Miller et le peu d'attention que l'on porte parfois aux artistes qu'on aime, on parlait de cette pression qu'on leur impose en exigeant d'eux une présence de tous les instants, par les réseaux sociaux, la musique, les photos après les concerts. Bref on parlait de l'absence de vie privée inhérente au statut d'artiste, et de comment cela affecte leur santé mentale sur le long terme. Cette question, elle trouve de plus en plus de résonance depuis le décès du rappeur de Pittsburgh : récemment, c'est ScHoolboy Q qui en a fait les frais en choisissant de reporter la sortie de son album, trop bouleversé par le décès de son pote pour repartir en promo. Une nouvelle preuve que personne n'est armé pour affronter la solitude qu'amène le succès.

Cette situation, elle s'applique aussi à Brent Faiyaz. S'il est encore relativement anonyme dans nos contrées, il rencontre déjà un succès considérable outre-Atlantique : on lui doit notamment l'un des plus gros refrains de 2017 (le "Crew" de Goldlink), qui lui a ouvert les portes des plus grosses playlists. Et dans un monde du R&B alternatif largement balisé par Frank Ocean après la parution de sa doublette Endless/Blonde, Brent Faiyaz a mérité sa place avec son écriture au minimalisme exacerbé, qui laisse une part importante au silence. Comme si c'était lui la véritable musique.

Lost n'est qu'un EP. Toutefois, il se place dans une timeline pleine de sens : quand Sonder Son racontait l'an dernier le travail abattu pour gagner sa crédibilité dans le monde de la musique, Lost met la suite en musique. La célébrité, le retour à Los Angeles, mais aussi la solitude dans les coins VIP, les groupies qui t'attendent en bas de chez toi, les escrocs qui cherchent un featuring pour profiter de ta lumière. Lost, c'est le ver dans le fruit de toutes ces années de dur labeur, c'est la nécessité de garder une certaine force mentale pour éviter de perdre le fil. Et toujours cette musique riche de son économie de moyens.

Disque aux allures de confessionnal, Lost est un témoignage plein de retenue et d'humilité venant d'un type en proie au doute, qui raconte son combat pour garder la tête hors de l'eau, pour son bien-être et celui de son équipe. Et l'exorcisme se fait de la plus belle manière : avec de belles guitares aux accents cold wave et un Brent Faiyaz en pleine possession de ses moyens, tantôt crooner impitoyable, tantôt songwriter tourmenté à la Elliott Smith. On lui souhaite maintenant de prendre soin de lui, car dans ce business où les retraites anticipées sont légion, celle de Brent Faiyaz nous chagrinerait au plus haut point.