Look At Us Now Dad

Banoffee

Cascine  |  2020
6 / 10
par Ludo  |  le 22 avril 2020

Fin 2018, sortie d'une tournée avec Charli XCX et une autre avec Taylor Swift, Banoffee traverse une période contradictoire : heureuse de s'être fait remarquer avec deux EP's mêlant R&B éthéré et pop intimiste, elle est également au bout du rouleau. En proie à des migraines et à des addictions en tout genre, la chanteuse australienne décide alors de quitter son pays d'origine pour filer à Los Angeles, espérant y trouver des gens davantage ouverts à ses origines orientales et à son identité queer. L’occasion d’enfin pouvoir poser ses bagages et de faire le point sur une vie un peu trop mouvementée.

Sorte de journal intime sur lequel elle tirerait de grands traits pour exorciser ses souffrances, ce premier album plein d'onirisme se veut également cathartique, traitant des fausses amitiés propres à la célébrité, comme du sentiment de solitude ou des relations toxiques. En filigrane de notre progression dans l’album, les interludes qui forment le triptyque « I Lied », « That Sorta Stuff » et « I Let You Down », nous mettent aussi sur la voie d’une éventuelle rupture familiale. Avec le morceau éponyme, on comprend alors qu’une partie de l’album s’adresse à un père visiblement mal en point et en proie à de violentes crises d’anxiété depuis l’enfance. Abandonné par ses parents, alcoolique, il semble avoir transmis à Marthel Brown et sa sœur Hazel (avec qui elle formait le groupe Otouto) une propension au mal-être et l’inconfort permanents. C'est précisément pour survivre et réintégrer le présent que Banoffee a décidé d'accepter ce trauma intergénérationnel (“What was theirs is yours, and now it’s mine”). Cette résilience, cette persistance à garder la tête haute, on les retrouve sur « Permission » où Banoffee se livre d’une manière bouleversante sur la tentative de viol qu’elle a subie il y a quelques années, en se mettant successivement à la place de l’agresseur puis de la victime.

Ce premier véritable album est l’occasion pour Banoffee de se construire une solide armure pour ne plus connaître les déconvenues du passé. À l’instar du Major Motoko Kusanagi dans Ghost In The Shell ou de Grimes qui confie la promo de son album à son avatar virtuel WarNymph, Banoffee accepte sa vulnérabilité, mais pas à n'importe quel prix. Ce côté cyber-punk, il s’illustre également du côté des productions, puisque Banoffee collabore de temps à autre avec umru et SOPHIE. D'ailleurs, l’influence de ces deux derniers est très palpable dans le recours fréquent au compromis qui a fait la recette du label PC Music : faire entre en fusion mélodies sucrées et froides séquences percussives. La présence trop sporadique de ce côté plus expérimental de sa personnalité s’avère d’ailleurs être le défaut majeur d'un disque qu'on aurait voulu moins consensuel, tant on a le sentiment que c'est lorsqu'elle sort des sentiers battus que Banoffee a le plus à nous offrir.