Little Dark Age

MGMT

Columbia  |  2018
7 / 10
par Jeff  |  le 19 février 2018

Des âneries, Rudy Léonet en a dit l’une ou l’autre pendant sa carrière au sein du service public belge. Mais ayons aussi l’honnêteté de reconnaître qu’il lui arrive d’énoncer l’une ou l’autre chose assez juste. Parmi ces éclairs de lucidité, il y a le principe du « qui a vendu vendra » pour parler de ces artistes qui ont connu un succès critique et commercial leur permettant d’en vivre depuis lors, quitte à faire de la merde - voire à ne rien faire du tout. 

Ce principe, on imagine que les cadres de chez Columbia ont dû s’y accrocher comme un fashionista sur une paire de Balenciaga : probablement convaincus que MGMT allait surfer sur la vague électro-pop de l'époque et reproduire le carton de leur Oracular Spectacular de 2007, ils ont vite déchanté. Entre un bon Congratulations pas bankable du tout et un disque éponyme qu’on a vite oublié, le groupe a surtout donné l'impression de creuser discrètement sa tombe. On ne sait trop si leur label a toujours cru en eux ou si leur contrat était bétonné sur la longueur, mais une chose est sûre: en 2018, les pontes de chez Columbia vont pouvoir arrêter de se bouffer les ongles. Car oui, avec Little Dark Age, MGMT est prêt pour faire son retour en grâce dans les playlists des radios, sur les affiches des festivals et dans nos petits cœurs.

Toujours flanqués du grand manitou de la belle pop grand public (Dave Fridmann) et épisodiquement épaulés par Ariel Pink et Conan Mockasin, Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser resserrent le propos sur Little Dark Age, comme s’ils avaient enfin compris que c’est en se fixant un cadre beaucoup plus rigide (certains diront prévisible) que leur songwriting s’exprime de la façon la plus efficace - car oui, n’est pas les Flaming Lips qui veut, en somme. Un peu partout, on peut lire que ce troisième album est celui du retour flamboyant à l’électro-pop des origines, mais il convient de tempérer ces propos un tantinet mensongers - du moins si vous attendez du groupe qu’il ponde de nouveaux hymnes maximalistes façon "Time to Pretend". Comme évoqué plus haut, c’est plutôt au niveau de l’efficacité et de la concision que ce nouvel album renvoie aux débuts tonitruants, là où son contenu, certes pas avare en synthés, résonne plutôt comme une version plus efficace, plus moderne et plus aboutie des ballons d’essai lancés sur les deux précédents disques.

Qui a vendu vendra, donc. Clairement, avec des titres comme le délicieusement cheesy "Me & Michael", le maniéré "When You Die"  ou une plage-titre dont l'efficacité n'a d'égal que l'élégance, il est clair que le groupe et les gens qui en vivent peuvent entrevoir l'avenir sous un jour meilleur. Dommage que ce revirement intervienne à une époque où s'il y a bien une chose que l'on ne vend plus, ce sont des disques.

Le goût des autres :