Ipséité

Damso

Capitol Music France  |  2017
7 / 10
par Tariq  |  le 24 mai 2017

Batterie Faible était un leurre. Dans la foulée de son introduction au monde sur le couplet très noir de "Pinocchio", Damso a conçu un projet rentre-dedans, susceptible de plaire à un public accro à Booba et aux club bangers d'Atlanta. Le sens musical du rappeur belge a fait le reste : "Débrouillard" et "Bruxelles Vie" sont devenus deux incontournables des soirées rap, encore régulièrement joués plus d'un an après leurs sorties. Un disque d'or plus tard, le rookie a désormais l'attention de l'ensemble de la francophonie en casquette. Il peut enclencher la deuxième phase du plan avec Ipséité, titre à la portée hautement philosophique, sensé lever définitivement le voile sur la véritable personnalité du débrouillard. 

Sur Batterie Faible déjà, il avait disséminé quelques indices : loin du bourrin de ses premiers singles, on découvrait de fait un auteur davantage porté sur les mélodies et sur l'exploration de ses propres failles. Ipséité creuse cette veine, bien que le chanteur continue d'y enfouir ses sentiments dans un bloc de glace et de vulgarité, ne réservant la véritable nature de son art qu'aux auditeurs les plus assidus ("Près de mon public avisé"). Loin d'un hypothétique gangsta rap/street rap/trap, Damso s'inscrit de fait dans la droite lignée d'une certaine pop froide à la française, évoquant l'écriture au vitriol de certaines figures new wave ; la poésie noire des âmes en peine. 

C'est là que bat le véritable coeur de cet album, le temps de ces 6 ou 7 titres déchirants de beauté et de mélancolie. Mention spéciale à "Mosaïque solitaire", au bien et au mal, aux bonhommes de neige et au chemin parcouru. Sur le reste de l'album, Damso ouvre des pistes pour l'avenir avec plus ou moins de bonheur, s'essayant à l'electro ou à l'afro-pop sans emporter complètement notre adhésion. Ces quelques points noirs ne parviennent cependant pas à ternir notre enthousiasme et notre propension à se replonger dans ce disque à l'infini, emporté par la puissance des évocations et des mélodies. Un disque qui confirme encore à quel point le rap francophone est bel et bien la nouvelle chanson populaire, le seul genre encore capable de retranscrire l'expérience humaine avec autant d'intensité et de relief. Toujours plus près de ce public avisé.

Le goût des autres :