Batterie Faible

Damso

Capitol Music  |  2016
8 / 10
par Simon  |  le 2 septembre 2016

Dire qu’on attendait ce premier album de Damso avec impatience tient de l’euphémisme. Tout d’abord parce qu’il est l’un des plus doués du nouveau mouvement rap belge (et de loin le premier en terme de visibilité) et ensuite car il est le poulain officiel de Booba, nouvellement dans le 92i depuis un featuring en adamantium sur le dernier album du Duc. Une notoriété acquise à la vitesse du son - on ne connaissait finalement que « Poséidon » avant décembre dernier - témoin une fois de plus du mode de consommation du rap aujourd’hui. À partir de là, on a eu droit à une volée de singles en forme de marteau-piqueur (« Autotune », « Débrouillard », « BruxellesVie ») qui, s’ils ont magnifiquement teasé l’album à venir, ont surtout montré que cet album-là allait probablement être un des plus beaux casse-tête hip-hop à passer sur la platine.

Les premières écoutes de ce Batterie Faible ont servi de round d’observation et cela était bien nécessaire tant cet album est protéiforme en apparence, jouant de manière évidente avec les cadres et les hauteurs. Soyons honnêtes, il existe une vraie difficulté à intégrer les douze titres de cet album, premier signe que le Bruxellois est loin du rappeur lambda et du « produit phénomène » comme on nous les vend à tous les coins de YouTube. Batterie Faible est ce disque complexe qui, une fois véritablement ouvert, cache un cœur absolument cohérent malgré la prise de risque omniprésente, éminemment sombre et animé de couleurs pourpres.

On le savait déjà : quand Damso ouvre la bouche il est au-dessus de tout le monde. Pourtant cette technique de base n’est que le point de départ d'un disque qui se démarque surtout par son amour de la tentative, par cette véritable troisième voie entre le chant et le rap, par ces productions aux mille couleurs et par ces formes inattendues. Damso est un rappeur conscient en ce qu’il va chercher le hip-hop un peu plus loin à chaque fois, toujours apparenté mais difficilement imitable. On peut bien sûr identifier sa filiation, mais cela s’arrête là. Car le reste est vraiment devant lui, des choses se créent et s’anéantissent, il y a une véritable arborescence du fond et de la forme ici. Logique qu’on ne sache pas appréhender cette quarantaine de minutes autrement que via une exploration en règle.

Et c’est probablement la qualité essentielle (mais pas si évidente à la première écoute) de ce Batterie Faible et celle qui risque d’assurer la longévité de ce premier album : cette capacité à fasciner, à créer de l’espace en dehors des sentiers battus, à raconter les choses de manière sensiblement différente. Cette capacité à être à la fois le reflet de son époque tout en démultipliant les terrains de jeu. Un monde dans le monde. On pouvait légitimement se demander ce qu’il adviendrait du Bruxellois une fois lâché dans le grand bain, si vite. Force est de constater après un maximum d’écoutes que le produit est tout simplement infaillible. 

Le goût des autres :