Impenetrable Cerebral Fortress

Gulch

Closed Casket Activities  |  2020
9 / 10
par Alex  |  le 28 juillet 2020

A l'instar de groupes comme Turnstile, Knocked Loose ou plus récemment Vein, dont les premiers albums avait fait l’effet d’un raz-de-marée sur la scène punk hardcore, les californiens de Gulch commencent à peine à se faire un nom sous nos latitudes qu'ils déboulent déjà avec un premier disque dans un tourbillon de hype et d’impatience - deux jours après sa sortie, le premier pressing est épuisé partout.

Le groupe de Santa Cruz, dont le potentiel s’est pour la première fois révélé à nos oreilles en 2018 avec l’EP Burning Desire to Draw Last Breath, propose un mélange hautement inflammable de punk hardcore/powerviolence/D-beat/crust avec des soupçons de death metal, le tout craché à travers des morceaux canalisant leur violence sur un laps de temps très restreint. Si nous avions récemment mentionné la vitalité de cette nouvelle scène californienne incarnée par de jeunes et irascibles formations comme Drain, Hands Of God ou Sunami, Gulch s’est rapidement imposé comme le leader de la meute à coups de prestations scéniques brutales et d’une discographie qui ne l’est pas moins.

Pas de promo, pas de singles, pas de fioritures. Annoncé seulement une semaine avant sa sortie sur Closed Casket Activities, l’un des labels les plus intéressants dans ses récents choix de signature, Impenetrable Cerebral Fortress est le genre de premier disque dont l’intensité frôle l’indécence. On retrouve ici 5 nouvelles compositions, deux “anciens” morceaux issus de la tape 2019 Promo ainsi qu’une cover de Siouxsie and The Banshees qui vient conclure l’album sur une note plus expérimentale. Quinze minutes d’assaut sans remplissage dont la furie qui s’en dégage prend largement le pas sur les aspects plus techniques des compositions.

En plus d’un artwork particulièrement réussi de l’artiste canadien Boone Naka, l’ensemble bénéficie également du mix et du mastering de Jack Shirley (Oathbreaker, Deafheaven, Gouge Away), ce qui n’est jamais vraiment mauvais signe, tant le technicien a su ces dernières années magnifier de nombreux albums par son travail de l’ombre. Le fait que les guitares et la batterie aient été enregistrées simultanément dans une même pièce ajoute ici une touche de puissance à un disque qui n’en manque déjà pas, tandis que la production ne surjoue pas le côté “crasseux” et contribue ici à renforcer l’aspect sans compromis qui émane de la musique des américains.

Sur Impenetrable Cerebral Fortress, tout est brusque, viscéral et propice à libérer nos instincts les plus primitifs. Les parties vocales façon psychopathe d’Elliot Morrow nous font à tout moment craindre un descente d’organe de sa part, tant on se rapproche plus de déglutissements que d’un semblant de chant. La proposition musicale a le mérite d’être assumée et n’en reste pas moins riche en références à développer. C’est comme ça depuis le début avec Gulch: ça transpire les espoirs foutus et l’envie d’en découdre. Le dégoût général qui se dégage également des paroles et le tempo de l’enfer qu’imprime le disque sont autant de points de comparaison qui nous rappellent le choc ressenti lors de la première écoute du Unsilent Death de Nails, premier album qui ne dépassait pas non plus les quinze minutes.

Inutile de chier une pendule, ce premier essai pose les bases et bouscule son auditeur. Son format condensé, la violence qui en émane et l’amalgame parfaitement réussi de plusieurs styles extrêmes font de ce Impenetrable Cerebral Fortress une expérience sonore foudroyante et marque l'avènement de Gulch comme l’une des formations les plus exaltantes de ces dernières années.