Time & Space

Turnstile

Roadrunner Records  |  2018
8 / 10
par Alex  |  le 30 mars 2018

De leurs débuts il y a 8 ans dans un garage de Baltimore, à travers une féroce série d’EP jusqu’à un premier album auréolé d’un succès retentissant, Turnstile aura probablement généré plus de battage médiatique et de débats sur leur style et leur image que n’importe quel autre groupe de cette décennie au sein de la sphère hardcore. Le quintet américain semble s’être octroyé ces dernières années le monopole de la coolitude, provoquant défiance chez les puristes mais surtout euphorie chez les kids.

Turnstile avait attisé notre curiosité en 2015 avec le catchy et réussi Non Stop Feeling, et ils ont dorénavant toute notre attention pour la sortie de cette seconde galette intitulée Time & Space. La nouvelle de leur récente signature sur Roadrunner Records avait de quoi surprendre mais ne semble finalement pas si absurde considérant l’envie initiale de la major de renouveler avec du sang frais (Kvelertak, Code Orange, The Fever 333) un catalogue vieillissant, combinée à la notoriété sans cesse grandissante des garçons du Maryland. Souvent comparés à des groupes comme Rage Against The Machine, 311 et même les Red Hot Chilli Peppers pour leur côté « fusion » (ce vilain mot), les américains donnent effectivement dans le punk hardcore old school aux influences hip hop et grunge. Une combinaison déroutante sur papier mais qui a fait ses preuves.

L’émancipation de ses pairs et l’envie de brouiller les pistes qui semblaient animer Turnstile dans nombreux de ses choix musicaux depuis le début de leur carrière est ici définitivement avérée. A cet égard, le groupe n’a de cesse d’enrichir son moteur hybride de sonorités et harmonies qui n’ont généralement rien à faire sur un album de hardcore. Que ce soit à coup d’incursions bossa  (« Bomb »), d’atmosphères post-punk (« Can’t Get Away »), d’ambiances jazz lounge (le mal nommé « Disco »), voire même électroniques (« Right To Be », sur lequel Diplo est crédité), Turnstile distille des titres rapides et groovy qui défient nos velléités de classification. Mais ne nous y trompons pas: si Time & Space semble partir dans de nombreuses directions, l’album n’en reste pas moins blindé de riffs incisifs et de séquences propices au mosh. Et puis que les vieux cons se rassurent un peu: les codes du hardcore période 80/90’s et les influences de groupes comme Bad Brains, Shelter, Terror et Snapcase semblent toujours planer au-dessus de nombreux morceaux.

Upgrade de label rime forcément avec upgrade de production. Et avec Will Yip (encore lui!) aux commandes, on sent à nouveau le groupe animé d’une confiance inébranlable et de certitudes suffisantes pour proposer des plans imaginatifs qui, s’ils ne s’écartent pas toujours de la ligne conductrice originelle, ont souvent le mérite de dégager une énergie rare et renouer avec la spontanéité de débuts. Avec une immédiateté fidèle aux grands disques punk, Turnstile bouscule à nouveau le jeu en 25 minutes chrono, légitimant sans difficulté l’excitation qu’évoque généralement leur patronyme. Simple dans la construction et efficace dans le résultat, Time & Space ne tourne jamais en rond et permet au groupe de poursuivre l’évolution de son crossover vers une forme toujours plus mélodique et originale. Si l’on ne peut que se réjouir que ce nouvel album soit encore plus riche et surprenant que son prédécesseur, il s’agira de repousser encore plus loin les frontières sur une prochaine livraison afin d’établir définitivement que la créativité de Turnstile ne souffre d’aucune concurrence dans le genre.