HAN

Berhana

EQT Recordings  |  2019
7 / 10
par Ruben  |  le 21 novembre 2019

Mesdames et messieurs, bonjour. Au nom de notre capitaine et de l’ensemble de l’équipage, je vous souhaite la bienvenue à bord de HAN, projet #002. La durée de notre vol sera de trente-trois minutes et trente-trois secondes. Une fois l’album lancé, je vous prie de bien vouloir attacher correctement vos casques audios. Pour cela, merci de placer les coussinets sur vos deux oreilles pour assurer un maximum de basses. Nous suggérons également de faire le vide dans votre tête avant le décollage. Merci d’avoir choisi HAN.

Lorsque vous entamez l'écouter de HAN, c’est d’une voix soyeuse qu’une hôtesse vous accueille à bord du vol #002, la deuxième excursion dans la discographie de Berhana. Sur la base d’un arc narratif simple et efficace – vous prenez place à bord d’un voyage musical interstellaire – le chanteur originaire d’Atlanta présente la suite tant attendue de son EP éponyme sorti en 2016 et dont on aura surtout retenu « Grey Luv ». Mais avant de décortiquer ce nouveau disque, il semble important de vous situer le bonhomme : Berhana, c’est un mélange entre les univers de Dâm-Funk, Blood Orange et Tame Impala. On parle donc de R&B, de funk, de pop psychédélique et de rock indie, le tout saupoudré d’éléments de nu soul, à l'image de ces envoutantes lignes de basses qui forment la colonne vertébrale du disque – on recherche d’ailleurs activement le bassiste de Berhana afin de lui poser un gros poutou sur le crâne façon Barthez / Blanc.

Car si HAN est un disque à la mélodicité infaillible, c’est avant tout grâce au remarquable travail de Pomo, talentueux producteur canadien dont le CV crédite déjà des interventions sur les Malibu, Venice et Oxnard d’Anderson .Paak ou encore sur les The Divine Femine et Swimming du regretté Mac Miller. Il ne fait aucun doute que Pomo est à l’origine de ce groove contagieux qui se propage tout au long de la tracklist de HAN ; un exemple parfait étant le séduisant single « I Been » sur lequel on retrouve l’unique invité du disque, Crush, un chanteur sud-coréen dont l’intervention discrète contribue largement à la bonne humeur générale.

Cependant, si on exclut les nombreuses annonces aux passagers faisant office d’interludes, il ne reste finalement que neuf titres ; un temps de piste honnêtement un peu faiblard pour un LP qui, somme toute, nous laisse un peu sur notre faim. De même, Berhana ne s’expose que rarement et le disque manque d’escapades soniques plus aventureuses. Seul « G2g », une balade romantique teintée de rock alternatif, démontre une véritable césure avec le reste du disque un tantinet monotone. Dommage car malgré ces petits problèmes, Berhana est aussi capable d'éblouir par la maîtrise parfaite de son univers musical et de ses cordes vocales; il suffit de prendre comme exemple l’époustouflant « California » pour se laisser ensorceler par une prestation digne de Nostalgia Ultra ou Channel Orange. Car soyons honnête, si Frank Ocean avait sorti HAN, le monde entier aurait crié au génie. Sale temps pour les seconds couteaux.