Electronics

Zeitkratzer & Keiji Haino

Zeitkratzer  |  2008
8 / 10
par Simon  |  le 21 février 2009

Souvent considéré comme un sommet en matière de musique contemporaine, l’orchestre Zeitkratzer n’en finit pas d’étonner en proposant à nouveau des collaborations explosives, fruit d’une maturité musicale à toute épreuve. C’est que cet orchestre, composé de neuf membres venus des quatre coins de l’Europe et dirigé par le grand Reinhold Friedl, a un carnet d’adresse bien rempli : Merzbow, Lou Reed ou encore Karlheinz Stockhausen forment la pointe de cet iceberg démesuré. Fonctionnant exclusivement sur le mode de la collaboration, cet orchestre propose à ces héros de tous genres confondus (ambient, expérimental, noise, pop, rock,...) l’enregistrement de sessions exclusives, devenant alors le dixième homme, indispensable comme la dernière pièce d’un puzzle, histoire que jamais cet orchestre ne sonne comme la collaboration d’avant, ni même celle d’après.

En matière de musique noise, Zeitkratzer n’a jamais eu à rougir de ses invités : ayant accueilli ce qui se fait de mieux en matière de bizarrerie sonore, de Merzbow à Zbigniew Karkowski en passant par le concept album livré par Lou Reed. Quoi de plus normal dès lors que de voir invité Keiji Haino pour une session imprimée en concert, soit le pendant le plus radical de la noise contemporaine. Et à entendre les quatre pistes qui parcourent ce volet de Zeitkratzer Electronics, on imagine sans peine la terreur qui s’est emparée de chaque auditeur en présence (mais aussi l’admiration dont ceux-ci ont fait preuve à en entendre les acclamations qui s’en suivirent). Des minutes durant, l’ambiance s’installe et le climat se fait rapidement polaire avec l’arrivée d’une voix féminine qui n’a d’humaine que la présence.

Et c’est d’ailleurs cette voix, menaçante au possible, qui formera le fil conducteur de cette longue descente aux enfers. Tantôt susurrée, violée, agressée, hurlée ou encore défigurée, cette voix est un appel à l’assassinat. Une femme hurlant à son propre assassinat, entourée de spectres furtifs prenant tour à tour la forme de borborygmes, de souffles environnants et d’impulsions sonores aigües. Les tunnels de son se forment et se déforment, ne laissant entrevoir la lumière que pour quelque secondes seulement, avant de se refermer et de vous emmener à nouveau dans une autre antichambre de la mort. Matériaux organiques et électroniques se fondent littéralement l’un dans l’autre pour agir directement sur la matière, à grosses poignées, sans soucis d’uniformité. De longues minutes passent et l’ambiance s’électrifie, la voix a disparue et a maintenant laissé sa place à un tournoiement ad nauseam de matières métalliques. La tête se détourne mais le corps exulte. Alors comme ultime achèvement, la voix revient par alternance pour finalement envahir tout l’espace de sa pleine déstructuration alors que des batteries infernales martèlent le sol à mains nues depuis plusieurs minutes déjà. Glaçant et foudroyant, cet ouroboros final est imposant par son lyrisme morbide. Menaçant à l’extrême mais terriblement addictif.

Cette chronique fait partie d'un tryptique. Les pièces manquantes de ce puzzle se trouvent ici et .