BLO II

13 Block

Elektra France  |  2020
8 / 10
par Bastien  |  le 21 décembre 2020

C'est désormais la même foire tous les vendredis dans le rap jeu : des nouveaux albums montés en épingle à grands coups de promo (*jingle de Planète Rap*), de stories Insta et de clashs virtuels plus ou moins bidons. Personne n'échappe à ce grand cirque : aussi bien les poids lourds, les étoiles montantes que l'armée de nobodies qui tentent de croquer une part de ce gros gâteau qu'est devenue l'industrie du rap français. Dans ce grand foutoir, cette fin d'année a été particulièrement éprouvante pour tous les JulienBeats de l'Hexagone parce que dans ce Battle Royale de la street, difficile de ne pas prendre un coup de slash de son voisin. On retrouvait donc ce 27 novembre la sortie des projets de Dinos, de Vald, de Capitaine Roshi et des Sevranais de 13 Block, qui ont encore mis la concurrence à l'amende car pour parler de la street, "13 Block do it better".

Tout comme pour BLO, le quatuor nous visse le cul sur un canapé au milieu des tours à la façon d'un David Simon, auteur de la mythique série The Wire. Car ces "S.E Wire" glissés à tout va ne pourraient être qu'un simple gimmick s'ils n'étaient pas le point cardinal du projet des rappeurs des Beaudottes. À mi-chemin entre carnet intime des galères du binks et manuel d'instructions pour devenir bicraveur, BLO II ne surprendra pas les fanzouzes de 13 Block.

On pourrait s'attendre à une pâle copie de BLO mais il n'en est rien, car peu de rappeurs peuvent se vanter de maîtriser avec finesse tant de nuances dans leur son; entre balades ("Moula" ou "Oiseaux"), trap de haut vol ("SWPV", "la ramassse", "Diplomatico") ou zoukerie imparable ("Aminata"), sans négliger ce sens du détail qui donne tant de relief aux histoires de nos quatre garçons dans le binks. À titre d'exemple, les passionnés d'outillages auront surement retenu la phase de Stavo dans "la ramasse" : "Mes serrures sont cassées au Facom" ou bien le travail de concessionnaire de Zed sur le sample de flûtes démoniaques de "Diplomatico": "J'arrive en Vito (j'arrive en teinté, nion)". C'est peut-être un détail pour vous, mais pour nous, ça veut dire beaucoup.

Sorte de reboot deluxe, BLO II se différencie de son prédécesseur par sa fournée de featurings tantôt géniaux tantôt... dispensables. On distribue les bons points à messieurs Niska et PLK pour les tubes "Tieks" et "Aminata". En revanche, on repassera pour Zola ou encore un Maes peu inspiré sur "Toto Riina". Au sommet de la hiérarchie, on retrouve le flow de serpent de SCH qui roule sur la prod cabossée de "Pavel", avec pour copilote un Stavo en état de grâce. Comment aurait-il pu en être autrement tant le S a marché sur 2020, tout en ne sortant aucun projet ? Oui ma gâtée.

Pour le reste, nul besoin de s'étendre sur la Deutsche Qualitat des productions ou la complémentarité des flows de Stavo, Zed, Zefor et OldPee, qui sont devenus le lot commun du groupe depuis Triple S. On pourrait même noter une montée en puissance des deux derniers, qui semblent moins en retrait et sont presque à même d'égaler les deux bulldozers que sont devenus Zed et Stavo  on pense notamment à leurs couplets sur "Babi".

Mais tout n'est pas aussi parfait qu'un braquage de la Casa de Papel, et BLO II connaît quand même son lot de ratés. Bien qu'aucun titre ne soit un véritable naufrage, certains s'avèrent vraiment dispensables ("Heps ou Plata", "Bendo", "Traitres") et ne font qu'allonger inutilement le disque. Avec ses 19 titres, on peut parfois sentir une envie de zapper et de se rattacher uniquement aux tubes - fort nombreux heureusement. Un biais, qui n'a tout de même rien d'alarmant tant le rap français aime nous pondre des projets longs comme un jour sans pain. Et comme tout projet suivant un album marquant, BLO II aurait pu souffrir d'un sentiment de déjà-vu ou de redite. C'était sans compter sur les talents de charbonneurs du 13 Block pour "péter tout l’terrain comme Xavi" et nous offrir une suite digne de ce nom. S.E Wire mon pote.

Le goût des autres :