BLO

13 Block

Elektra France  |  2019
7 / 10
par Noé  |  le 22 mai 2019

En 2019, rap et rue peuvent parfois entretenir des relations moins évidentes qu’elles ne l’étaient aux origines du mouvement hip-hop. Si certains la racontent afin de légitimer un discours et asseoir une pseudo-vie de recéleur de psychotropes, la vraisemblance du discours n’apparaît pas toujours de façon aussi évidente dans cette grande foire qu'est le « rap de rue ». Ici, l’intérêt n’est pas de savoir qui de Koba LaD ou Zola vend le plus ou qui « tire à balles réelles » mais bien de savoir qui raconte le mieux la vie de bicraveur. Et à ce petit jeu, 13 Block est sorti gagnant l’année dernière avec l’excellent Triple S et sa tripotée de bangers tous plus vicieux les uns que les autres ("A1 A3", "Calibre", "Somme"). Boosté par le magnétisme de Sidikeey, Stavo, Zefor et Zed, le disque puisait aussi toute sa force dans la justesse des productions distillées par Ikaz Boi, tête pensante d’un des projets rap français les plus marquants et aboutis de l’année 2018. Si on pouvait craindre que l’absence d’un beatmaker attitré nuise au groupe, BLO s’inscrit dans la droite lignée Triple S, alternant intelligemment entre balades urbaines et bangers dévastateurs.

Mais pour bien appréhender le disque, une analogie avec le septième art apparaît nécessaire. Dans Se7en, David Fincher introduisait des bruitages de radio policière sur chacune des scènes de crimes présentes le long du film. Une première dans un thriller, qui lui permettra de gagner en authenticité et sublimer l’atmosphère hostile et repoussante voulue par le réalisateur américain. Cet habillage sonore, finalement assez discret, marquera le cinéma policier et l’astuce sera reprise par tous les films et séries du genre dans leur quête de vraisemblance. On retrouve chez les quatre membres de 13 Block cette même volonté de rester au plus proche du réel. Exit les casques de VR, le groupe offre une immersion totale dans un quotidien anxiogène et livre la photographie d’un Sevran au bord du chaos. Sur « Fuck le 17 », les sirènes de police épousent le plus naturellement du monde la production de Myth Syzer jusqu’à en devenir difficilement perceptibles et ainsi décupler la puissance d’un tube au potentiel « gilet jauné » infini. De fait, comment ne pas tirer un parallèle avec le "rap de méchants" des 90's, et plus précisément le Supreme NTM et son hymne "Police", qui commençait lui aussi sur des bruits de sirènes et de radio pour en former la colonne vertébrale de la production. Par ailleurs, comment ne pas voir en Stavo le digne héritier de JoeyStarr, pourtant détenteur de l'état civil le moins street de toute la Seine-Saint-Denis. Didier si tu nous lis. 

L'autre point fort du disque tient à la volonté du groupe de ne rien laisser au hasard. En glissant un peu partout dans BLO des détails ayant trait au commerce de détail de substances prohibées, le quatuor entend  coller au plus près du ter-ter et ainsi raconter son quotidien avec justesse. Un souci du détail(lle) qu’on retrouve notamment sur « Amis d’avant » où Zed décrit avec précision comment sa mère le questionnait sur ses agissements d’apprenti dealer lorsqu'elle trouvait des coupures de billet dans les jeans qu'elle lavait. Le genre d’anecdote qui nourrit un peu plus un rap de vendeur de sève, une des thématiques récurrentes du groupe s’il fallait encore le préciser. Une question se pose alors : comment peut-on écouter quatre bonhommes parler de teuteu 19 titres durant sans ressentir un sentiment de lassitude ? On trouve réponse à nos interrogations dans la singularité des interventions de chacun des membres du groupe. Un équilibre se trouve naturellemententre les flows dévastateurs de Zed et Zefor et la présence vocale plus discrète (mais pas moins efficace) de Stavo et Sidikeey. Un association de malfaiteurs certainement plus crédible que les gugusses de la Casa de Papel et à qui on prédit encore de belles années devant elle si elle continue sur le même rythme de croisière. 

Le goût des autres :