Birth of Violence

Chelsea Wolfe

Sargent House  |  2019
8 / 10
par Albin  |  le 11 octobre 2019

Une certaine confusion a longtemps régné autour de la carrière de Chelsea Wolfe. Les esprits étroits l’auront trop rapidement enfermée dans le rôle d’une sorte d’Emily The Strange de la chanson underground. Il faut reconnaître qu’à grands coups d’artworks aux références gothiques et d’une très faible propension à s’ouvrir vers l’extérieur, l’artiste californienne a également contribué au mythe. Or, si l’habit ne fait pas le moine, il n’y a aucune raison qu’il fasse la prêtresse, fût-elle drapée des étoffes les plus sombres.

Sur son septième album, Chelsea Wolfe remet donc les pendules à l’heure et livre ce qui ressemble très fort à son meilleur disque à ce jour : un album brut, direct, sans le moindre filtre. Oubliez les arrangements métalliques qui enrobaient Abyss et Hiss Spun. C’est accompagnée de sa guitare acoustique que Chelsea terrasse sa timidité maladive, pour trois titres d’ouverture qui la placent immédiatement aux sommets de la hiérarchie du songwriting folk actuel. Cette rampe de lancement est d’autant plus surprenante que, pour la première fois, on y perçoit des bribes de contestation sur « American Darkness » et « Birth of Violence ». Plus question ici de références occultes ou d’envolées stellaires, Chelsea Wolfe s’affirme comme une artiste du temps présent, consciente du contexte social, culturel et politique dans lequel elle évolue.

On est évidemment encore très loin de la protest song traditionnelle, mais le basculement n’a rien de symbolique : il montre une artiste qui semble désormais prête à affronter son environnement extérieur. À ce triptyque inaugural succède « Deranged For Rock’n’Roll », ballade pop-folk parfaitement écrite et interprétée d’un bout à l’autre, véritable pépite de l’album : refrain accrocheur, voix assurée, production épurée, tous les éléments du tube de l’hiver sont rassemblés sur un format de 3 minutes et 30 secondes.

Le ton est donné pour un album qui, sur 12 pistes, va alterner les chansons sombres toutes en retenue (les somptueuses « Be All Things » et « Little Grave ») et incursions décidées dans des univers plus sophistiqués (« Dirt Universe » et surtout « Preface to a Dream Play ») pour s’achever sur une minute de bruits d’orage, comme pour nous rappeler que le soleil et la lumière du jour n’ont toujours pas leur place dans la discographie de celle qui est adulée des metalheads les plus extrêmes que compte la planète.

Ce septième album présente dès lors tous les éléments du parcours sans faute d’une artiste qui ne court pas derrière la popularité. Alors qu’elle a tout en main pour concourir désormais dans la catégorie d’un Mark Lanegan, d’une PJ Harvey, d’un Eddie Vedder ou même d’une Lana Del Rey, Chelsea Wolfe se contentera au printemps prochain d’une tournée acoustique de petites salles, histoire de confirmer qu’elle ne raffole toujours pas des projecteurs.