31 Novembre

Scratch Bandits Crew

Infrasons  |  2012
8 / 10
par Aurélien  |  le 19 avril 2012

Quelque peu éclipsés par les ténors de la scratch music « à la Française » que sont Birdy Nam Nam et C2C, les Lyonnais du Scratch Bandits Crew n'en demeurent pas moins trois impressionnantes paires de paluches à qui on ne la fait pas question maniement du crossfader. Il y a deux ans, le mini-album En Petites Coupures avait déjà crée la surprise, malaxant bass music et breakbeat éclatés tout en renouant avec les racines du turntablism pour un exercice qui prenait des allures de clin d'oeil à l'indispensable Phantazmagorea de D-Styles. Fatalement, avec un tel antécédent discographique en tête, on a misé tout ce qu'on a pu sur cette nouvelle livraison. On n'a pas eu tort.

Car 31 Novembre, c'est une date imaginaire qui va servir d'audacieuse aire de jeu à un crew lyonnais qui s'est fixé comme objectif de pondre une galette garantie à 99% sans samples. L'ambition est louable, d'autant qu'elle leur permet de prendre des libertés et d'agrémenter une recette qui a fait ses preuves sur En Petites Coupures. Le résultat est un fascinant passe-passe de genres, iconoclaste et poétique, dans lequel le groupe troque sa technique infaillible contre un abstract hip-hop mutant qui parle de Timbaland autant que de Prefuse 73 ou RJD2. Le trio y insuffle toutes les idées et la cohérence qu'il faut pour maintenir en haleine un auditeur qui, paradoxalement, risque de très vite manquer de souffle entre les bangers grondants ("Check It Out", "Oriental Wildstyle"), les expérimentations retourne-cerveau (le bien-nommé "Upside Down") ou les splendides contemplations cinématographiques en slow motion ("Heart Beat" et "I Got You") que proposent ce tracklisting sans la moindre fausse note. Ou presque.

Car si l'on n'a pas souvenir d'avoir été aussi touché par un album estampillé scratch music depuis longtemps, même en fouillant du côté de chez Mike Boo ou Kid Koala, en réalité on digère assez mal qu'une galette aussi sensoriellement inattaquable ne se fende pas d'un peu plus d'une demi-heure de musique. Il y a en effet quelque chose de tellement euphorique à parcourir cet élégant patchwork d'ambiances urbaines, rencontre inattendue entre les malicieuses bandes noires et blanches des Quatre Cent Coups de Truffaut et les fantaisies multicolores du street art, que l'on s'estime presque en droit de tendre ses esgourdes pour réclamer un peu de rab à ces trois bouchers du beatmaking. Et si une à deux pistes supplémentaires n'auraient ici sans doute pas été de trop, il est surtout une réalité à laquelle il faudra se soumettre: dans l'espoir vain d'être un jour rassasié, il faudra revenir encore et encore sur cette première réussite du crew.

C'est donc avec la nuque souffrante et les neurones assoiffés que l'on ressort de ce 31 Novembre éprouvant et versatile, album de la concrétisation pour un Scratch Bandits Crew qui a dorénavant sa référence pour s'imposer comme une force légitime dans la scène scratch française aux côtés de ses collègues Nantais et Parisiens. Le disque étant taillé sur mesure pour la scène, on compte sur Supa-Jay, Geoffresh et Syr pour défendre comme il se doit leur premier rejeton, car vu les mètres cubes entiers de fraîcheur qu'ils injectent à une scène que l'on pensait en perte de vitesse, on doute que le public puisse être aux abonnés absents. Ou alors il aurait bien tort.