Where All of Worth Comes To Wither

Malignant Aura

Memento Mori/Me Saco Un Ojo – 2026
par Simon, le 9 mars 2026
7

Memento Mori et Me Saco Un Ojo s'associent à nouveau pour proposer ici le deuxième album de Malignant Aura, quintet australien dont la science death/doom n'est plus vraiment un secret depuis Abysmal Misfortune Is Draped Upon Me sorti en indé il y a quatre ans d'ici. Avec la lourde tâche de concurrencer la sortie du très bon dernier album d'Invictus, Malignant Aura retourne à la formule qui avait attiré l'attention de la presse de bon goût à l'époque : du death metal d'un côté, du doom de l'autre. Et au milieu, pas mal de compositions labyrinthiques.

Enfin, séparer ces deux disciplines aussi distinctement pourrait paraître grossier à bien regarder toute l'attention mise par les Australiens à composer entre les lignes. Car la spécialité de Malignant Aura est bien d'écrire son metal de manière extrêmement cinématographique, dans toute la douleur imposée par le cahier de charges doom et les accès de bestialité requis par la chose death. Un va-et-vient incessant entre les deux pôles qui rappelle le meilleur du dernier album d'Evoken pour la malveillance ambiante, les attaques vocales et la conception en chapitres de ses blocs, mais également le dernier effort de Hooded Menace pour son inclinaison lointainement heavy. Une sorte de Paradise Lost qui aurait décidé d'abandonner tout espoir pour embrasser pleinement l'abîme, évacuant toute ses lignes catchy (ou presque) au profit d'un doom tout en élégance funèbre. On rentre donc dans des tunnels qui jonglent parfaitement avec les hauteurs et les alternances rythmiques (ils peuvent d'ailleurs sincèrement remercier ce batteur extrêmement flexible), la voix parfaitement calibrée de Tim Smith assurant un travail de liaison dynamique et versatile pour passer de l'un à l'autre avec toute la fluidité que ce genre mixte peut requérir.

Si la complexité de Where All of Worth Comes To Wither finit par s'ouvrir avec les écoutes, on notera que la team de Brisbane se sabote un petit peu au moment de construire la séquence de ses longs titres, notamment en imposant à l'auditeur une introduction trop longue pour derrière couper court dans le final funeral doom si élégant de « Languishing In The Perpetual Mire » (qui finit de manière tristounette dans un fondu en plein acmé). Et ces approximations peuvent donner des regrets quand on voit ce que donne le groupe au maximum de son talent, comprenez un titre final (« An Abhorrent Path To Providence ») qui place alors Malignant Aura au sommet de la chaîne alimentaire death/doom triste en terme d'écriture et d'exécution – allez écouter ces douze minutes finissant dans les larmes et les cris, vous nous remercierez probablement.

Passée cette légère bizarrerie structurelle, ce deuxième album reste très solide dans ce qu'il a à proposer, et se place comme l'une des choses à ne surtout pas manquer dans ce qu'on peut, parfois trop vite, considérer comme des débuts d'année un peu chiant en termes de sorties. Rajoutez à tout cela une pochette réalisée par l'énorme goat Paolo Girardi et un mastering au millimètre par l'underground legend Arthur Rizk et vous obtenez un vrai beau disque qu'il serait dommage de louper si vous aimez votre tristesse avec une bonne dose de violence dedans.