Is Doomed

Black Wing

The Flenser  |  2015
8 / 10
par Michael  |  le 6 octobre 2015

Plus ça va et plus on a envie de filer une putain de médaille de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres à Dan Barrett et aux gars de The Flenser, tant le label californien spécialisé dans la noirceur et le métal expé fait partie de ces micro-structures tenues par de pauvres hères uniquement habités par leur dévotion entière à une vision très personnelle de la musique. Un catalogue modeste en quantité, mais qui compte déjà de très beaux noms - Have A Nice Life, Mamaleek, Giles Corey, Sannhet, Boduf Songs, Kayo Dot, Leviathan pour n'en citer que quelques-uns.

Black Wing, c’est le projet solo de Dan Barrett, un des deux membres de Have A Nice Life dont le The Unnatural World figurait en bonne place dans notre top albums 2014. Ce disque, on l’attendait de pied ferme depuis la parution d’un titre éponyme balancé il y a déjà deux ans et qui annonçait clairement la couleur : noir, profondément noir. Black Wing c’est un peu le pendant électronique de Have A Nice Life. Point de guitares ici et une formule qui reste à peu près la même sur toute la longueur de l'album : une rythmique imposante drapée de reverb et d’une légère saturation, quelques lignes de synthé crasseuses et des voix éthérées doublées mais étonnement incarnées. Un disque énorme et monolithique, entre minimalisme subtil et tension de tous les instants. Après, c'est pas comme si on s’attendait à un album de zouk mais il est clair dès les premiers titres que s’il n’y a « que » sept morceaux sur cet album, ce n’est sans doute pas faute d’inspiration, mais plus par volonté de ramasser et condenser un propos, qui se serait peut-être dilué sur un format plus long. 

Ce qu’il y a de remarquable dans tout ceci, c’est qu’au lieu des jérémiades habituelles et casse-bonbons qu’on retrouverait chez nombre de ses confrères (la thématique du désespoir est quand même assez présente ici), Barrett n’est pas une pisseuse qui passe le plus clair de son temps à s'apitoyer sur son sort. Non, notre homme est un pessimiste euphorique, un mec qui d’un matériau relativement chargé arrive à tirer une certaine jubilation et une force communicative, et qui parvient à donner à l’auditeur la curieuse impression d’avoir mélangé le Temesta de mamy avec les amphétamines du petit frère.