Fabriclive.73

Pangaea

Fabric  |  2014
9 / 10
par Simon  |  le 11 mars 2014

C’est un réel plaisir de croiser à nouveau la route de Pangaea, qui plus est sur une compilation de la série Fabric. Et pour être tout à fait honnête, il nous a bien manqué celui-là. Car des fondateurs du très bon label Hessle Audio – une des pierres angulaires du mouvement post-dubstep amorcé en 2007 – Kevin McAuley est sûrement celui des trois qui a le moins buzzé ces six dernières années. A sa décharge, la concurrence est pas mal rude quand on a Ramadanman et Ben UFO comme partenaires de jeu. Toujours est-il qu’on retient sans trop de problèmes les EP’s de qualité (sortis également sur Hotflush Recordings et Hemlock) ainsi qu’un premier mini-album qui refait surface régulièrement sur nos platines (attaquez ce Release si ce n’est déjà fait). Deux ans de silence donc, qui donnent à ce retour une saveur particulière, d’autant plus que les cartes de la bass music ont depuis largement été redistribuées. A l’heure où même la musique de précurseurs comme Pangaea sent un peu la naphtaline, l’exercice de la sélection mixée est un test des plus conséquents.

On ne fera pas de grands mystères : ce FABRIC.LIVE73 est une bombe. Peut-être l’un des meilleurs de la série depuis des lustres. On passe rapidement sur la technique, parfaite, qui n’est en réalité que la cerise sur un gâteau qui comporte bien d’autres qualités. Sur cette plaque manifestement enregistrée en digital, Pangaea joue sa techno cartes sur table, donne de la hauteur à tout ce qui lui passe par la main et réinvente la science de la transition. On n'en dit pas plus, une écoute (même pas attentive) suffira pour vous en convaincre. Vous l’aurez donc compris, cette sélection est une histoire de techno. Ou d’hybride lointainement dubstep. En fait, on n’en sait trop rien. Outre les phases franches du collier, on navigue ici dans le meilleur du mélange des races. Une bass music totale qui ne dit jamais vraiment son nom. Le parti-pris est clair : ici on rencontre le meilleur de la techno (pas difficile quand on invoque Truncate, Drumcell, Shifted, Forward Stregy Group, Speedy J ou Oscar Mulero) et du post-dubstep du futur (justement représenté par Peverelist ou Ramadanman), et tout se joue avec une discipline sans faille.

Ce qui fait la science de cette sélection, au-delà de l’audace et du professionnalisme du jeu, c’est que toute cette matière est le meilleur exemple d’une musique qui vit avec son temps, et qui parvient même à le transcender au-delà de la simple balise historique. Pangaea et sa sélection sont les témoins d’une musique sans cesse en mouvement, dont les codes ne se conçoivent que dans l’assemblage et la transgression. Les plus attentifs verront, au-delà de l’absolue narration du tout, la manière délicieuse avec laquelle les lignes se déplacent, comment elles forment et déforment une musique toujours nouvelle. Une techno qui souffre de légères (et pertinentes) syncopes, qui ne pouvait être que l’effort d’une conscience de la bass music. Mine de rien, en 75 petites minutes, Pangaea vient de mettre une belle soufflante à une majorité de la scène. Respect total mon pote, ton intervention fera date.