Dour Festival 2019

Dour, le 11-07-2019 | par Jeff le 31-07-2019

Prix Banksy de la scène qui ne dit pas encore vraiment son nom : le Rockamadour

Au fil des ans, le site et ses scènes ont grandi, de façon plus ou moins organique, à marche plus ou moins forcée ; le déménagement vers le nouvel emplacement l’année dernière n’a fait qu’accélérer ce processus (pour rappel cette nouvelle implantation est liée au contournement routier de Dour dont le nouveau tracé traversait une partie du site historique de la Machine à Feu et dont les travaux allaient compliquer trop fortement l'organisation du festival). Autrefois à taille humaine, la Petite Maison dans la Prairie ou la Caverne (devenue la Salle Polyvalente) peuvent désormais accueillir 8.500 et 6.000 personnes respectivement, une croissance qui semble avoir concerné toutes les scènes... sauf celle qui n’a jamais été considérée comme telle, malgré son importance capitale dans l’écosystème de Dour : la Rockamadour, anciennement Bar du Petit Bois et véritable sas de décompression en plein milieu d’un océan de sheitanerie. Avec sa capacité limitée (250 personnes) et son entrée filtrée (une option à envisager sur d’autres scènes dans les années à venir quand on pense à l’inconfort de certains concerts trop attendus), la Rockamadour était présentée pour la première fois comme une scène à part entière, avec une programmation élaborée en collaboration avec les zouzous de Kiosk Radio et leur infernale machine à fumée.

Avec une vibe très clairement inspirée de l’esprit Dekmantel, la Rockamadour a permis à des DJs de briller dans un espace qui leur convenait parfaitement, et on gardera un souvenir très ému du set cataclysmique de DJ SoFa (probablement le secret le mieux gardé du deejaying belge) et un autre, plus flou celui-là, de notre bro DC Salas. Une scène qui, très intelligemment, a aussi su profiter de l’engouement pour les podcasts en conviant l’équipe de No Fun à occuper l'espace pendant une heure durant quatre journées consécutives. Et même si cela relevait parfois un peu de l’amateurisme au niveau du son et de la logistique, l’initiative a eu le mérite d’exister et on espère qu’elle sera renouvelée l’année prochaine. Par contre, si l’on veut en faire un espace réellement pensé pour les festivaliers, peut-être faudrait-il songer à ne pas y laisser un accès permanent et prioritaire aux détenteurs d’un pass presse ou VIP, car les fins de soirées avaient parfois tendance à ressembler à une réunion de journaleux désireux de boire des coups avec les vingt mêmes tronches qu’ils croisent le restant de l’année au Bota ou à l’AB.

 

© Remy Rupp

 

Prix Leatherface de l’enchaînement à la tronçonneuse : Habibi Funk, ex-aequo avec DJ Marcelle 

On préfèrera toujours ici un enchaînement un peu foireux dans un grand DJ set à une technique irréprochable au service d’une proposition moins aventureuse qu’un missionnaire – c’était particulièrement criant le dimanche sur la Red Bull Elektropedia qui avait ouvert en grand le robinet d’eau tiède tech-house. Et à ce petit jeu, deux DJs se sont particulièrement démarqués cette année. Honneurs aux dames avec DJ Marcelle, qui se serait certainement fait appeler Selecta Marcelle si ça ne sonnait pas aussi mal. Car son truc à la Hollandaise, c’est de passer de bons disques en prenant soin d’alterner les genres pour être certaine de rendre l’ensemble inmixable. En même temps, ça fait des années qu’elle jongle avec la délicatesse d’un CRS entre dub, électronique de niche et musiques expé, et que tout le monde s’en accommode parfaitement. Dans le cas de Jannis Stuertz de Habibi Funk, c’est un peu différent. On comprend tout à fait que l’incroyable travail de digging qu’il réalise pour son label lui ait ouvert les portes des clubs et des festivals, et on peut également tout à fait comprendre que ce ne soit pas son métier, mais on aurait tellement apprécié qu’il ne fasse pas l’effort de jouer au DJ en pensant qu’une technique rudimentaire lui permettrait d’enfumer des festivaliers de toute façon déjà à côté de leurs pompes à l’heure où il montait sur scène. Car si la sélection était absolument brillante (entre d’obscurs trucs inshazamables, on a aussi eu droit à un bon vieux Steve Monite, au « Ya Rayah » de Rachid Taha, au « Tonton du bled » du 113 ou « Spies are watching me » de Voilaaa), il y avait dans cette envie de se prendre pour un DJ quelque chose de rigoureusement insupportable. Mais vu l’excellent moment passé en compagnie de l’Allemand et vu le bonheur qu’il nous apporte à longueur d’année avec Habibi Funk, on lui pardonne.

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