La Nuit Nous Déconstruit Par Coeur

Olivier Girouard

Ekumen  |  2009
8 / 10
par Simon  |  le 1 novembre 2009

Alors que la rédaction continue d’être sous le charme de l’électro-acousticien Nicolas Bernier, il est temps pour nous de vous introduire à l’arrière-garde du micro-label Ekumen avec ce jeune producteur qu’est Olivier Girouard. Et comme si le soundscaping attentif de cette nouvelle perle ne suffisait pas, sa nouvelle œuvre (première sur Ekumen) s’inspire largement de la littérature comme de la danse. En effet, La Nuit Nous Déconstruit Par Cœur est une œuvre composée pour la chorégraphe Kate Hilliard, spectacle de danse en mémoire d’un ami décédé trop tôt du cancer. Un programme peu joyeux, certes. Alors pour mieux approfondir son introspection, Olivier s’est plongé dans les récits de Marie Uguay, jeune poète décédée elle aussi d’un cancer à l’âge de vingt-six ans. Tout cela n’est pas bien guilleret je vous le concède, mais quand il s’agit là d’un moyen évident de rentrer en méditation musicale, et que le tout est composé par un producteur de talent, on veut bien croire que ce nouveau disque vaudra le détour. Et notre flair ne nous a pas trompés.

Et à peine « Ici Seule » lancé, on reconnaît instantanément la patte des producteurs de chez Ekumen : ambiances boisées, fractures électroniques du meilleur goût et rapprochements acoustiques omniprésents. La Nuit Nous Déconstruit Par Cœur s’emplit naturellement de résidus électroniques, de nappes métalliques ou de frottements concrets, mais ne peut s’empêcher de laisser une place indispensable à des guitares qui transcendent le tout dans une fresque dramatique et forcément abyssale. La mélancolie est de la partie bien sûr, et si les thèmes originaux ne sont pas bien heureux, on rendra à Olivier Girouard sa capacité à transposer cette tristesse vivifiante au cœur de ses productions, qui évitent sans cesse le sentimentalisme poisseux pour amener le sujet sur une autre planète, celle du ressenti en solitaire. Cette mise en abîme a été composée pour un spectacle de danse, et cela se ressent dans le défilement des images, des saynètes glauques ou pleines d’espoir, relativisant la dureté du sujet avec un son aéré, frais et espacé. Voilà une preuve fiable du sérieux du projet, où l’auteur ne s’abandonne jamais à tirer sur la corde du traumatisme surjoué. Mais si cet album/EP compte ses minutes, vingt-six au total, cela ne l'empêche pas de descendre loin dans les émotions, dans les interrogations et dans les souffrances. Un disque court et intense, qui remet la vie devant la mort en se prélassant au cœur d’une introspection à la beauté musicale fragile.

« Il est paraît-il des structures tendres où gisent des clartés. » Marie Uguay